Les années 1970 à 1972


Luis Buñuel et Delphine Seyrig

Films de l’année 1970:

Films de l’année 1971:

Films de l’année 1972:

* Le Genou de Claire de Éric Rohmer, sorti en 1970, Prix Louis-Delluc 1970, durée 110 mn
avec : Jean-Claude Brialy (Jérôme), Aurora Cornu (Aurora, Béatrice Romand (Laura), Laurence de Monagham (Claire), Michèl Montel (Mme Walter), Gérard Falconetti (Gilles), Fabrice Luchini (Vincent), Sandro Franchina.

Jérôme, trente-cinq ans, attaché d'ambassade, se rend au bord du lac d'Annecy pour vendre la propriété familiale. Il va se marier dans un mois et s'amuse, à la demande d'Aurora, romancière toujours à l'affût d'un nouveau sujet, à séduire une jeune adolescente de seize ans, Laura, la fille de Mme Walter.
Il s'en sort bien, avec le recul nécessaire et sans se perdre, jusqu'au jour où apparaît Claire, la demi-soeur de sa proie qui le fera se prendre à son propre jeu.
La tentation est grande, l'émoi de plus en plus présent, et Jérôme va cristalliser son désir sur le genou de Claire, sur lequel il mettra un point d'honneur à poser sa main.

Ce film est le cinquième de la série des six contes moraux.
Autour de cette comédie d'apparence légère, avec une morale très simple du genre "On ne badine pas avec l'amour", Rohmer parvient à construire un film dense, d'une beauté pure et lumineuse.
Il filme ses personnages à la manière d'un naturaliste, dans une approche quasi documentaire, tout en leur faisant jouer des textes rigoureux, écrits à la virgule près, et d'une grande valeur littéraire.


Ces points, qui peuvent sembler contradictoires, antagonistes, fonctionnent pourtant magnifiquement ensemble, et vont contribuer à imposer le style original d'Eric Rohmer.

Il faut noter que dans ce film on peut voir la première apparition à l'écran de Fabrice Luchini, alors âgé de 22 ans.

Voir la biographie et la filmographie complète d'Eric Rohmer



Béatrice Romand

* M*A*S*H de Robert Altman ( MASH) USA ; sorti en 1970; scénario de Ring Lardner, d'après un roman de Richard Hooker. Palme d'or à Cannes 1970

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall

Trois jeunes chirurgiens sont intégrés dans un hôpital de première ligne, pendant la guerre de Corée. Ils sont à la fois compétents et hostiles à toute discipline formelle, évacuant le stress de la guerre par des plaisanteries lourdes, par l'abus d'alcool et par le sexe.
C'est à la fois une dénonciation de l'horreur du conflit, un film par moment désopilant et une exaltation de la débrouillardise du citoyen américain qui trouve le moyen de surmonter toute situation extrême.

Le film, longtemps refusé par les producteurs attendit 17 ans après la fin de la guerre de Corée. Ce fût un immense succès, transformé en série TV qui dura de 1972 à 1985!
Les initiales M.A.S.H. (MASH) signifient Mobile Army Surgical Hospital. Il s'agit du nom de l'hôpital chirurgical de l'armée américaine en campagne.


* L'Éden et après , film franco-tchéque d'Alain Robbe-Grillet, sorti en 1970 ; scénario de Robbe-Grillet; musique de Michel Fano, durée 90 mn;
avec : Catherine Jourdan (Violette), Pierre Zimmer ( Duchemin), Richard Leduc (Boy), Lorraine Rainer

Le film tire son titre du nom du café, l’Éden, où de jeunes étudiants se retrouvent régulièrement: Ils imaginent, vivent ou rêvent des jeux cruels et érotiques.

Un jour un inconnu arrive et se mêle à leurs cérémonies. Il leur parle de ses aventures dans une lointaine Afrique. Violette accepte un rendez-vous avec l'étranger. Elle a juste le temps de l'apercevoir baignant dans l'eau trouble d'un canal et se retrouve mystérieusement en Afrique.

Elle est mêlée à une série d'épreuves. Elle voit la torture, puis la mort et enfin la disparition complète de ses compagnons et de tous les protagonistes de cette histoire.
Mais il est fort possible que toute cette histoire ne soit qu'un mauvais rêve.

Situé en marge de la Nouvelle Vague, ce film porte en lui toute la liberté d'expression conquise par les cinéastes de cette époque. Interdit à sa sortie au moins de 18 ans, il est pourtant aux antipodes de la pornographie qui commençait à se répandre dans les circuits spécialisés.

Robbe-Grillet nous propose un film le plus libre possible, un voyage initiatique hors du temps et de l'espace. Moins rigoureux que Trans Europ Express, ce voyage se situe de façon moins cachée dans le monde imaginaire, alors que dans le précédent opus, il fallait attendre la fin pour en découvrir le principe.
L'auteur nous prévient explicitement que "son pays est celui des images et éblouissements " délibérément désigné comme celui de l'imagination.
Il joue ainsi franchement et affirme: L'érotisme doit être libre, et laisser toute sa place à l'imaginaire; notre société a oublié l'usage sain et sans entrave du corps adulte et responsable.

Les références sont nombreuses, anciennes ou contemporaines: Sade (qui, on peut le rappeler, a plus imaginé que pratiqué) André Delvaux, Piet Mondrian.

 


* LES HOMMES CONTRE ( Uomini contro ) de Francesco Rosi; Italie ; sorti en 1970.
scénario de Tonino Guerra et Raffaele La Capria.
avec Mark Frechette, Alain Cuny, Gian Maria Volonté, Giampiero Albertini, Pier Paolo Capponi, Franco Graziosi, Mario Feliciani

En 1917, sur le front austro-italien, un Général lance une offensive vaine et meurtrière et réprime durement des tentatives de mutineries.
Rosi, dans ce film fait un panorama complet des injustices et absurdités de la guerre: Le mépris des généraux envers les classes populaires-chairs à canon, l'héroïsme inutile, la répression aveugle avec ses fusillés pour l'exemple et aussi l'incommunicabilité entre ceux du front et l'arrière.
Ceux des officiers qui, issus du peuple, comprennent les souffrances des soldats, sont aussitôt rejetés par la hiérarchie et considérés comme des lâches.


Le sacrifice des hommes équipés de cisailles qui ne coupent pas et d'armures inutiles

* L'AVEU de Costa-Gavras; sorti en 1970
Scénario de Jorge Semprún, d’après le roman d'Artur London

avec Yves Montand , Simone Signoret, Gabriele Ferzetti, Michel Vitold , Jean Bouise

Film courageux et efficace de dénonciation des purges staliniennes réalisé et interprété par des artistes qui s'étaient eux-même sentis proches du communisme.
A travers le cas du procès truqué et des tortures morales et physiques infligées à Arthur London, ancien de la Guerre d'Espagne et la Résistance en France, rescapé des camps nazis, ministre du gouvernement tchèque, le mécanisme de la machination est minutieusement décrit.

* LE CERCLE ROUGE de Jean-Pierre MELVILLE, sorti en 1970
avec Alain Delon, Bourvil, Gian Maria Volonte, Paul Crauchet, Yves Montand, François Périer

Un truand encore jeune sort de prison . Un autre truand plus endurci s'évade malgré la surveillance d'un commissaire de police expérimenté. Ils se rencontrent fortuitement.
Le commissaire n'aura de repos que lorsqu'il aura repris son fugitif.
Les deux truands mettent au point un casse spectaculaire d'une grande bijouterie et font appel à un ex-commissaire tireur d'élite en pleine déchéance.
Tous les éléments classiques du film policier sont présents, la solitude des héros, l'amitié, la vengeance, la trahison, les rapports de pouvoir entre hommes ( les femmes sont quasiment absentes du film)

Par l'atmosphère générale rendue, par l'attention donnée aux gestes rituels, Melville pratique une mise en scène précise, un peu froide, mais les mécanismes du destin sont mis en place avec perfection.
Par ailleurs les scènes où Montand lutte contre des créatures issues de son delirium alcoolique sont un petit chef d'oeuvre à part entière.


Bourvil joue ici dans son dernier film et interprète l'un de ses rares rôles dramatiques . Pour la première fois de sa carrière il est crédité au générique avec son nom et son prénom : André Bourvil. Il décédera peu après le tournage.
JP Melville avait initialement prévu Lino Ventura pour ce rôle.

Jean-Pierre Melville cite dans son film une phrase de Krishna qui explique le titre :
"Quand des hommes même s'ils s'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux, et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit inexorablement, ils seront réunis dans le cercle rouge."


* LITTLE BIG MAN d' Arthur PENN, sorti en 1970
avec Dustin Hoffman, Faye Dunaway, Richard Mulligan

A travers les souvenirs d'un très vieil homme qui a connu toute l'histoire du Far-West, ce film revisite les mythes de l'histoire américaine et corrige un certain nombre d'idées reçues. Le héros partage alternativement la vie des pionniers et celle des indiens et nous permet de saisir des points de vue variés.
La souffrance des indiens et la cruauté du général Custer sont montrées et sont une allusion directe à la présence contestée des américains au Vietnam, contemporaine du film.
L'humour et le romantisme ont aussi présents à travers un Dustin Hoffman au meilleur de son art.

* ORANGE MECANIQUE ( A Clockwork Orange ) de Stanley KUBRICK, sorti en 1971
Scénario : Stanley Kubrick, d'après le roman de Anthony Burgess, durée 137 mn; images de John Alcott ; musique originale de Wendy Carlos et Rachel Elkind; extraits de Nacio Herb Brown, Edward Elgar, Gioacchino Rossini, Ludwig van Beethoven, Henry Purcell;
avec Malcolm McDowell ( Alex de Large), Patrick Magee ( Mr. Alexander), Michael Bates ( chef garde), Warren Clarke ( Dim), John Clive ( acteur), Adrienne Corri ( Mrs. Alexander), Carl Duering ( Dr. Brodsky), Paul Farrell ( Tramp), Clive Francis ( Lodger), Michael Gover ( gouverneur de prison), Miriam Karlin ( Miss Weathers ), James Marcus ( Georgie), Aubrey Morris ( Mr. P. R. Deltoid), Godfrey Quigley ( chapelain), Sheila Raynor ( Mum)

En Angleterre, Alex DeLarge et ses trois droogs, Dim, Pete et Georgie, vivent encore chez leurs parents, s'attaquent à un clochard, puis aux membres d’un gang rival, enfin violent et saccagent et tuent tout en buvant du lait et en écoutant Beethoven.
Kubrick construit un film puissant et rigoureux. Comme la plupart de ses films, celui-ci est découpé en trois parties bien distinctes:

- La description d'une violence jubilatoire, bestiale et fascinante, qui renvoie aux origines de l'homme: lutte pour le territoire, le pouvoir, instincts sexuels. Les décors et costumes blancs, la musique enjouée rendent le personnage presque naturel.

- Trahi par sa bande, Alex est emprisonné et doit se soumettre à la volonté de son gardien, de même que les instincts humains sont soumis en permanence à la société. La répression se transforme en conditionnement; car Alex perd à la fois ses mauvais instincts et sa liberté d'agir, soulignant le caractère vain de toute répression mécanique.

- Dans la troisième partie, Alex est dépourvu d'agressivité, éprouve de la pitié pour les autres, mais devient à son tour victime de violences et d'injustices, montrant par la même les limites de tout processus de domestication absolu des instincts.

Stanley Kubrick déclare : "Les aventures d'Alex sont une sorte de mythe psychologique. Notre subconscient trouve un soulagement en Alex comme il en trouve un dans les rêves. Il souffre de voir Alex bâillonné et puni par les autorités pendant qu'une bonne part de notre conscient avoue qu'il faut qu'il en soit ainsi."



* Frenzy de Alfred Hitchcock, USA, sorti en 1972, durée 116 mn, scénario de Anthony Schaffer, d'après le roman Goodbye Picadilly, Farewell Leicester Square d'Arthur La Berne; avec Jon Finch (Richard Blaney), Barry Foster (Robert Rusk), Barbara Leigh-Hunt (Brenda Blaney) Anna Massey (Barbara), Alec McCowen ( l'inspecteur en chef Oxford), Bernard Gribbins.

Richard Blaney, ancien pilote de chasse, est au chômage depuis un certain temps. Il est divorcé de Brenda, qui tient une agence matrimoniale et lui donne un petit coup de pouce financier à l'occasion.
Dans le voisinage de Blaney vit un maniaque meurtrier, Robert Rusk, qui affecte à son égard des liens cordiaux à défaut d'être amicaux. Il se rend à l'agence de Brenda et l'étrangle sauvagement, manquant de peu se faire surprendre par Richard.
Celui-ci est aperçu par la secrétaire de la victime, mal disposée à son égard, et devient logiquement le suspect numéro un. Il est toutefois aidé dans sa fuite par son amie Babs, serveuse dans un pub londonien, mais celle-ci est à son tour la proie des pulsions homicides de Rusk.
Pour son avant-dernier film, Alfred Hitchcock, revient à la description des faubourgs londoniens, rappellant certains de ses premiers films tournés à l'époque du muet.
Frenzy, est le premier film d'Hitchcock à connaître la censure, pour une séquence violente de viol et d'étranglement, qui révèle la poitrine de l'actrice Barbara Leigh-Hunt.

Voir: Biographie et filmographie de Alfred Hitchcock


* DELIVRANCE ( Deliverance) de John Boorman, USA, sorti en 1972, adaptation du roman de James Dickey,
avec Jon Voight, Burt Reynolds, Ned Beatty, Ronny Cox, Billy Mekinney, James Dickey, Ed Ramey, Billy Redden.

Voir fiche détaillée : Délivrance

Quatre jeunes américains décident de consacrer leur week-end à descendre en canoë une impétueuse rivière du nord de la Géorgie, qui doit prochainement disparaître en raison de la construction d'un barrage.

C'est une confrontation entre l'homme civilisé et policé et des populations restées frustres et proches de la nature, avec différents types de réactions des citadins en face des obstacles naturels ou humains.
Parmi ces visiteurs certains restent passifs et faibles, mais l'un d'entre eux, rompus aux sports violents va se défendre en devenant aussi sauvage que ses agresseurs, révélant ainsi que, sous l'homme civilisé, les instincts primaires sont toujours présents.

Le duo, au début du film, entre l' enfant du village jouant du banjo et un intellectuel est mémorable et symbolique.

John Boorman déclare:
« Le voyage de ces citadins est aussi un voyage dans le temps, dans le passé de l’Amérique, à la recherche de sa beauté, de sa puissance, de ses ressources, de sa richesse. Et lorsqu’ils arrivent dans le village, ils entrent en contact avec des gens qui vivent selon les anciennes valeurs de la Frontière, dans une société autonome où ils construisent leurs propres maisons, cultivent la terre et se défendent contre les étrangers, mais qui sont en même temps dégénérés. D’une certaine façon, ces quatre hommes regardent leur propre passé à travers un miroir déformant. »


* La vraie nature de Bernadette, un film québécois de Gilles Carle , sorti en 1972 ; durée 115 mn; avec Micheline Lanctôt ( Bernadette ), Donald Pilon ( Thomas ), Reynald Bouchard ( Rock ), Robert Rivard ( Felicien, le maire ), Willie Lamothe ( Antoine, le postier ), Maurice Beaupré ( Octave ), Ernest Guimond ( Moise ), Julien Lippé ( Auguste ), Claudette Delorimier ( Madeleine )

Bernadette, femme d’avocat, quitte la vie urbaine pour aller vivre à la campagne avec son fils de 5 ans. Elle y rencontre Thomas, un paysan qui conteste les monopoles dans l’agro-alimentaire. Dans sa représentation naïve, le retour à la terre, fort populaire chez les intellectuels des années 70, fournit la principale cible à l’ironie de Gilles Carle.
Quand elle met les pieds sur la vraie terre, elle découvre que les feuilles multicolores recouvrent souvent une bonne couche de boue, que des effluves de merde traversent souvent l'air pur de la campagne, que la tranquillité n'existe nulle part, que la simplicité des gens n'apparaît qu'occasionnellement et toujours comme une victoire sur la complexité de la vie. À son tour et un peu malgré elle, Bernadette reprend ce regard.
La quête de la vraie nature se transforme alors en la reconnaissance de plusieurs natures vraies. À travers la découverte du pays réel multiforme, Bernadette découvre la multi-dimensionnalité de sa «vraie nature».
Elle est à la fois Bernadette Brown, citadine en rupture nostalgique de mariage, locataire dans son propre pays devenu état américain;
mais aussi Bernadette Bonheur, propriétaire terrien, enracinement d'habitant et de coureur des bois, libre amoureuse de la terre et des gens, mère de famille nombreuse dont les fils ne tournent pas tous bien;
ou encoe Bernadette «Soubirous», révélateur de structures religieuses persistantes, provocatrice de «miracles» par sa simplicité et sa pureté originelles, miroir de l'authenticité et contestation des superstitions.
Pour les fermiers des environs, elle devient aussi une Bernadette «Devlin», porte-étendard de la révolution commencée, dépassement de la force par la fragilité, liaison de la passion et de l'intelligence dans la lutte.

Voir fiche détaillée du film sur Ciné-Passion.


* LE CHARME DISCRET DE LA BOURGEOISIE de Luis BUÑUEL, sorti en 1972

avec Fernando Rey, Delphine Seyrig, Paul Frankeur, Stéphane Audran, Jean-Pierre Cassel, Michel Piccoli, Bulle Ogier ( Oscar du meilleur film étranger 1973 )

Buñuel pratique une attaque en règle de la bourgeoisie. Il dérégle les conventions et la bienséance, à l'occasion d'un repas sans cesse différé: L'archevèque se fait embaucher, au tarif syndical, comme jardinier et l'Ambassadeur, comme un chien, dévore une tranche de gigot sous la table.
Les conventions du cinéma sont elles-même remises en cause, quand les acteurs-convives découvrent qu'ils sont au milieu d'une scène de théâtre.

Cependant, l'affiche du film, racoleuse, imposée par le distributeur, ne fût pas du tout du goût de Luis Buñuel


L'affiche contestée

La suite... le Cinema de 1973 à 1976

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