Les films de l'année 1990
- Le petit criminel , de Jacques Doillon
- Le
mari de la coiffeuse , de Patrice Leconte
- Bouge
pas, meurs, ressuscite, de Vitali Kanevski
- Cyrano de Bergerac
, de Jean-Paul Rappeneau
- Sailor
et Lula (Wild at Heart) , de David Lynch
- Nikita
, de Luc Besson
- Un
thé au Sahara de Bernardo Bertolucci
- Uranus , de Claude
Berri
- La
Fille aux allumettes de Aki Kaurismaki
- Le Cercle des Poëtes
Disparus ( Dead Poets society) de Peter Weir
- Edward
aux mains d'argent ( Edward Scissorhands) de Tim Burton
- Les
Affranchis (Goodfellas) , de Martin Scorsese
- Les
Arnaqueurs (The Grifters) , de Stephen Frears
- Pretty
Woman de Garry Marshall
- La
Vengeance d'une femme de Jacques Doillon
- Conte
de printemps d'Éric Rohmer
- Danse
avec les loups , de Kevin Costner
|
Les films de l'année 1991 - Tous
les matins du monde , d'Alain Corneau
- Barton Fink , de
Joël et Ethan Coen
- Jusqu'au bout du monde
, de Wim Wenders
- La belle Noiseuse ,
de Jacques Rivette
- Les Amants du Pont Neuf ,
de Léos Carax
- Van
Gogh, de Maurice Pialat
- Thelma et Louise , de Ridley Scott
- La
Double vie de Véronique , de Krystof Kieslowski
- Merci
la vie , de Bertrand Blier
- Paris
s'éveille, d'Olivier Assayas
- Épouses
et concubines , de Zhang Yimou
- Une époque formidable ,
de Gérard Jugnot
- Le
Pas suspendu de la cigogne de Theo Angelopoulos
- La
Guerre sans nom de Bertrand Tavernier
- Madame
Bovary de Claude Chabrol
- Le
Silence des agneaux , de Jonathan Demme
- Delicatessen
, de J.P. Jeunet et Caro
- Europa , de Lars von Trier
|
Les films de l'année 1992
- Le petit prince a dit , de Christine Pascal
- Betty
de Claude Chabrol
- Basic
Instinct de Paul Verhoeven
- Wayne's
World de Penelope Spheeris
- Luna Park , de Pavel Lounguine
- Une
vie indépendante de Vitali Kanevsky
- L’Amant,
de Jean-Jacques Annaud
- JFK , de Oliver Stone
- L.627
de Bertrand Tavernier
- The
Last of the Mohicans (Le Dernier des Mohicans) de Michael Mann
- L'Accompagnatrice
, de Claude Miller
- Impitoyable
, de Clint Eastwood
- Un
cœur en hiver , de Claude Sautet
- The
Player de Robert
Altman
- Indochine
, de Régis Wargnier
- Les
Nuits fauves , de Cyril Collard
- Conte
d'hiver d'Éric Rohmer
- Talons
aiguilles , de Pedro Almodovar
- Reservoir
Dogs , de Quentin Tarantino
- La Sentinelle , de Arnaud Desplechin
- Les
meilleures intentions, de Bille August
|
Les films de l'année 1993 - Smoking
/ No Smoking , d'Alain Resnais
- Trois couleurs
: Bleu , de Krystof Kieslowski
- Les visiteurs , de Jean-Marie
Poiré
- La leçon de piano , de Jane
Campion
-
Ma saison préférée, d'André Téchiné
- Adieu
ma concubine, de Chen Kaïge
- Jurassic Park , de Steven
Spielberg
- Les Vestiges du jour,
de James Ivory
- Mâdadayo
(まあだだよ) de Akira
Kurosawa
- Meurtres mystérieux à Manhattan , de Woody Allen
- Garçon
d'honneur (Hsi Yen ) de Ang
Lee
- Hélas pour moi ,
de Jean-Luc Godard
- 1-2-3- Soleil , de Bertrand Blier
- Chute
libre ( Falling down ) de Joel Schumacher
- Dracula
de Francis Ford Coppola (sorti aux USA en 1992)
- Un
Monde parfait de Clint Eastwood
- La
Liste de Schindler, de Steven Spielberg
- Val Abraham ,
de Manuel de Oliveira
- Short
Cuts de Robert Altman
- L'Arbre,
le maire et la médiathèque de Éric Rohmer
|
| * JUSQU'AU BOUT DU
MONDE de Wim WENDERS, sorti le 23 septembre1991, scénario : Michael Almereyda,
Peter Carey, Solveig Dommartin, Wim Wenders, directeur de la photographie : Robby
Müller, Musique : Graeme Revell, montage : Peter Przygodda. avec Solveig Dommartin,
William Hurt, Jeanne Moreau, Max von Sidow, Chick Ortega,
Sam Neill, Eddy Mitchell Un homme, Trevor, a mal aux yeux à
force de filmer un grand nombre d'images avec un nouveau type de caméra. Cet homme,
qui voyage beaucoup, est suivi par Claire une jeune femme amoureuse de lui, et
par de nombreuses personnes qui convoitent sa caméra. Car cette caméra révolutionnaire,
inventée par le père de Trevor, permettra aux aveugles de voir Ce
film commence par une enquête policière. Elle se poursuit en Australie
où un savant réalise des expériences pour inventer un appareil
qui matérialise les pensées et les rêves. Une catastrophe
nucléaire survient. Dans ce film (trop) riche en thèmes beaucoup
de genre sont abordés: policier, amour, Space movie, science fiction, réflexion
sur la science, politique fiction. Précisant les thèmes d'Orwell
et son "Big Brother", Wenders démontre concrétement comment
un réseau de renseignement peut utiliser les actes de la vie courante (
téléphone, achats par cartes de crédit) pour localiser et
poursuivre un individu. Pour le tournage Wenders a parcouru une dizaine de
pays différents (France, Allemagne, Italie, Portugal, Russie, USA, Chine, Japon,
Australie) |  |
* Le
Mari de la Coiffeuse, de Patrice Leconte, sorti en 1990, scénario
de Claude Klotz et Patrice Leconte, Prix Louis Delluc
1990 et César du meilleur film 1991, avec: Jean Rochefort (Antoine), Anna
Galiena (Mathilde) Roland Bertin, Maurice Chevit, Philippe Clévenot, Jacques Mathou,
Claude Aufaure, Henry Hocking, Ticky Holgado, Michèle Laroque.
| |
Un enfant devenu homme, mais ayant gardé son âme juvénile, n'a qu'un
seul et unique but dans la vie : devenir le mari d'une coiffeuse. Quand celle-ci
se présente à lui sous les traits de la magnifique Mathilde, la réalité transcende
le rêve et Antoine, sorte de fétichiste magnifique, vit un amour absolu entre
les flacons de shampooing et les coupes de cheveux trop fréquentes pour que ses
cheveux repoussent. La vie extérieure ne fait qu'effleurer Antoine
et il sort très rarement du salon. Il se laisse bercer par de lancinantes
musiques arabes. Patrice Leconte réussit un film très original
et décalé, au charme nostalgique. L'évocation des maillots
de bain en laine de son enfance et les danses "persanes" d'Antoine sont
des morceaux de bravoure. Mais Leconte aborde aussi la question de la mère
castratrice qui marque pour la vie son fils et celui de l'impossibilité
d'un amour absolu et éternel. |
*
Bouge pas, meurs, ressuscite (Zamri
oumi vos kresni ) , un film russe de Vitali Kanevski, sorti en 1990 (1989 en URSS),
Noir et Blanc, durée : 105 mn, musique de Serguei Banevitch; avec Pavel Nazarov
(Valerka), Elena Popova (sa mère), Dinara Droukarova (Galia)
| En 1947 dans un camp stalinien dans la petite
ville de Soutchan en Sibérie, des détenus politiques côtoient des prisonniers
de guerre. C'est dans cet univers de cauchemar qu'évoluent Valerka, un gamin
de douze ans, et Galia une jeune Tatare. Face à l'horreur, à la violence, ils
gardent leur vitalité et leur espoir, soutenus par un amour naissant. Pour Valerka,
Galia est une aubaine: c'est elle qui le tire des pires situations. Recherché
par la police pour avoir fait dérailler un train, il choisit de fuir vers Vladivostok
avec Galia.Il se réfugie chez sa grand-mère. Galia le convainc de rentrer au pays.
Elle sera tuée sous ses yeux par un agent de la voirie. Ce film est un tableau
âpre, sans retouche, d'une enfance meurtrie, et s'inscrit dans la tradition des
grands films d'apprentissage tels que L'enfance de Gorki (Donskoï),
Les quatre cents coups
(Truffaut) ou L'enfance dIvan (Tarkovski). Comme ces illustres modèles,
il comporte une large part d'autobiographie. L'auteur, Vitali Kanevski (né
en 1935), ne s'en est pas caché : « C'est l'histoire de ma vie, de mon pays, de
ses habitant. J'ai été ce petit garçon de Soutchan, et la fillette qui meurt à
la fin a été mon premier amour... J'ai fait ce film avec l'urgence vitale d'un
condamné à mort. » Si l'on ajoute que, victime du KGB, il a passé plusieurs années
de sa vie en prison, on mesure le sens profond d'une ceuvre dominée par la hantise
de l'enfermement. Le titre à lui seul est lourd de sens. «Bouge pas, meurs,
ressuscite» est à l'origine le leitmotiv d'une comptine populaire, mais le cinéaste
le charge d'une singulière résonance, qu'il explicite en ces termes : « Bouge
pas = il faut se concentrer, rester vigilant pour préserver ses souvenirs intacts.
Meurs = le réalisateur n'existe plus, il disparaît derrière ses personnages.
Ressuscite = le film terminé, les personnages revivent sur l'écran. » Voir
aussi la critique sur Chail's
cinéclub |  |
Vitali Kanevski déclare:
" Ce
film est la résurrection de mon passé. Le réalisateur est quelqu'un qui meurt
dans son film parce qu'il s'y donne entièrement. Les enfants sont comme les adultes
: ils veulent le bonheur. Mais dans les conditions où vit mon héros, c'est-à-dire
moi, ce bonheur est impossible. Le système, le mode de vie imposent aux gens une
seule issue qui est le chemin du mensonge, du vol, du viol, de la folie et des
monstruosités."
*
La Double vie de Véronique , film franco-polonais de Krystof Kieslowski
, sorti en 1991, durée 98mn, avec Irène Jacob(Veronika/Véronique),
Halina Gryglaszewska(La Tante) Kalina Jedrusik , Aleksander Bardini, Wladyslaw
Kowalski (Le père de Veronika), Jerzy Gudejko (Antek), Janusz Sterninski, Philippe
Volter, Sandrine Dumas, Louis Ducreux, Claude Duneton.
| Il y a 20 ans, deux petites filles sont
nées, l'une en France Véronique, l'autre en Pologne Veronika. Elles n'ont
rien en commun et leurs familles ne se sont jamais connues. Pourtant, elles
sont identiques : elles ont la même silhouette, la même passion pour
la musique, les mêmes problèmes cardiaques. Des fils ténus
vont se tisser entre leurs deux vies. Passionné par les mystères
qui peuvent relier des êtres sans qu'ils le sachent, Kieslowki exploite
un scénario riche, complexe et subtil. A partir d'une suite de faits,
d'indices et de symboles qui, pris individuellement, sont ordinaires, il propose
au spectateur (mais ne lui impose pas) des pistes d'interprétation qui
peuvent conduire au surnaturel. |  |
Biographie et filmographie complète de
Krystof Kieslowski
*
La belle Noiseuse , de Jacques Rivette, sorti en 1991, durée 244
mn, scénario : Pascal Bonitzer, Christine Laurent, Jacques Rivette, d'après la
nouvelle de Honoré de Balzac Le Chef-d'oeuvre inconnu, publié en
1831.
avec Michel Piccoli (Edouard Frenhofer), Emmanuelle
Béart (Marianne), Marie-Claude Roger, Marianne Denicourt, David Bursztein
(Nicolas), Gilles Arbona, Marie Belluc.
La Belle noiseuse a remporté le grand
prix du jury de Cannes en 1991.
|
Nicolas, peintre débutant, rêve de rencontrer son aîné, le célèbre Édouard
Frenhofer. Par l'intermédiaire de Balthazar Porbus, un marchand de tableaux, il
est introduit avec Marianne, sa compagne, dans la demeure de Frenhofer. Celui-ci
les emmène dans l'atelier qu'il a déserté et leur parle de "La belle Noiseuse",
un tableau abandonné depuis 10 ans, et pour lequel sa femme Liz avait servi de
modèle. D'un commun accord, ils décident que Marianne sera "La belle Noiseuse"
bis. Celle-ci se rebelle contre une décision prise sans elle, mais le lendemain
elle se présente néanmoins à la porte de la maison. Pendant les cinq journées
de pose, la tension va monter entre les différents protagonistes. Nicolas
est le jeune Nicolas Poussin et Frenhofer son maître. L'histoire se passe au début
du XVIIe siècle, mais Balzac, tout comme Rivette qui a replacé l'action dans un
cadre contemporain, parlent ici de la création artistique en général et de ses
rapports avec l'imitation du modèle réel, un thème éternel.
Ce film de Rivette est long ( plus de 4 heures) et lent, comme souvent pour ce
réalisateur. En 1993, Jacques Rivette sort un deuxième montage intitulé
Divertimento d'une durée de 2H05. Il faut noter que le son est entièrement
naturel puisqu'il n'a pas été retouché en post-production. Tous les sons proviennent
de sources naturelles comme le bruit du fusain sur la toile. |
Emmanuelle Béart
|
Extrait significatif de la nouvelle
de Balzac:"Le vieillard s’assit sur une escabelle, se
tint la tête dans les mains et resta muet.
— Maître, lui dit Porbus, j’ai
cependant bien étudié sur le nu cette gorge ; mais, pour notre malheur, il est
des effets vrais dans la nature qui ne sont plus probables sur la toile...
— La mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer ! Tu n’es
pas un vil copiste, mais un poète ! s’écria vivement le vieillard en interrompant
Porbus par un geste despotique. Autrement un sculpteur serait quitte de tous ses
travaux en moulant une femme !
Hé ! bien, essaie de mouler la main de ta
maîtresse et de la poser devant toi, tu trouveras un horrible cadavre sans aucune
ressemblance, et tu seras forcé d’aller trouver le ciseau de l’homme qui, sans
te la copier exactement, t’en figurera le mouvement et la vie.
Nous avons
à saisir l’esprit, l’âme, la physionomie des choses et des êtres."
Biographie
et filmographie complète de Jacques Rivette
* LES AMANTS DU PONT
NEUF de Léos CARAX, sorti en 1991,
avec Denis Lavant (Alex),
Juliette Binoche (Michèle Stalens), Klaus Michael (Gruber Hans) ; durée
125 mn
 |
Une nuit, Alex , un saltimbanque sans-abri, gît sur le sol, à
Paris. Michèle , une peintre vivant dans la rue depuis peu, des suites d'une douloureuse
rupture sentimentale, découvre le jeune homme et brosse son portrait, avant qu'il
ne soit ramassé par les Brigades de Nuit de la Police. Alex est conduit au
centre d'accueil de Nanterre, avec d'autres miséreux, le pied écrasé par une voiture.
Soigné, boitant sur une béquille, il revient squatter sur le Pont Neuf, fermé
à la circulation pour cause de réfection, dans la perspective de la célébration
du bicentennaire de la révolution française. Au matin, lui et son seul compagnon,
le vieux Hans, trouvent la jeune femme, endormie elle aussi, sur le pont. Alex
parvient à convaincre son protecteur d'autoriser Michèle à demeurer sur le Pont
Neuf, avec eux. Michèle est atteint d'une grave maladie des yeux à
évolution rapide. Tandis que la vue de Michèle se détériore de plus en
plus, Alex entretient la dépendance grandissante de sa compagne d'infortune.
Craignant qu'elle ne le quitte après avoir reçu un traitement médical salvateur,
Alex s'emploie à la retenir prisonnière de son amour dans une relation qui confine
à la folie. |
C'est un film poétique
avec des passages très réalistes et même proche du documentaire
sur la condition des sans-abri et leur accueil dans les centres d'hébergement.
C'est aussi une histoire d'amour hors norme et flamboyante.
Léos Carax,
réalisateur exigeant, obtint l'autorisation de tourner sur le Pont Neuf
pendant l'été, mais il dépassa largement les délais.
Plutôt que de continuer en studio, il choisit de reconstituer, en Langudoc,
un Pont Neuf grandeur nature qui faillit faire couler tout le projet, accumulant
les dettes et les retards.
*
Tous les matins du monde d' Alain Corneau, sorti en 1991,
tiré du roman homonyme de Pascal Quignard, musique contemporaine de Jordi
Savall et historique de François Couperin , Jean-Baptiste Lully , Marin Marais
et Sainte Colombe ;
durée : 115 minutes ; 7 Césars du cinéma 1992, dont meilleur
film, meilleur réalisateur, meilleur son ;
Prix Louis
Delluc 1991.
Avec Jean-Pierre Marielle (Sainte Colombe), Gérard Depardieu
(Marin Marais âgé), Guillaume Depardieu (Marin Marais jeune), Anne Brochet (Madeleine),
Caroline Sihol (Mme de Sainte Colombe), Carole Richert (Toinette), Michel Bouquet
(Baugin), Yves Gasc (Caignet) , Jean-Claude Dreyfus (Abbé Mathieu)
Le célèbre violiste Marin Marais se souvient
de son maître, un musicien solitaire, Monsieur de Sainte Colombe. Il raconte la
vie austère de cet homme, l’éducation sévère qu’il infligea à ses deux filles
après la mort de sa femme, ainsi que la recherche d’une perfection absolue dans
son art. Il évoque l’initiation qu’il a reçue de lui et leur séparation,
alors que, jeune et ambitieux, il s'oppose au vieux musicien de l’ombre, intransigeant.
Marin Marais poursuit son apprentissage avec Madeleine, la fille aînée de Sainte
Colombe, qui devient aussi sa maîtresse. Elle lui sacrifie tout, mais le
jeune musicien s’éloigne pour mener une carrière brillante. La jeune femme déperit
puis se suicide. Hanté par les secrets du grand maître, Marin Marais épie la cabane
isolée dans laquelle Sainte Colombe avait pris l’habitude de jouer. Un
soir, cependant, le vieil homme surprend son ancien disciple et lui révèle enfin
son art. |  |
Ce film austère, au succès inattendu, est en harmonie
avec le propos qu'il tient. Il démontre la possibilité d'un art
exigeant, rigoureux et réalisé avec un minimum de concessions aux
modes de son temps.
*
L'Amant , de Jean-Jacques Annaud, coproduction France/Royaume- Uni/Viêt-nam,
sorti en 1992, durée 112 mn, scénario adapté du roman
homonyme et autobiographique de Marguerite Duras, publié en 1984.
Avec
Jane March (La jeune fille), Tony Leung Ka Fai(L'Amant), Frédérique Meininger(La
mère), Arnaud Giovaninetti (Le frère ainé), Melvil Poupaud (le cadet), Lisa Faulkner,
Xiem Mang , Philippe Le Dem, Ann Schaufuss( Anne-Marie Stretter)
| A la fin des années 20 en Indochine... La
jeune fille a quinze ans et demi. C'est la fin des vacances scolaires. Ce matin,
elle prend le car pour indigènes de Sadec, où sa mère dirige l'école du village,
pour Saïgon, où elle est en pension. Pendant la traversée du Mékong, sur
le bac, la jeune fille descend du car et va au bastingage. Elle porte une robe
en soie naturelle, une paire de talons hauts en lamé et, plus surprenant, un feutre
d'homme couleur bois de rose. Sur le bac à côté du car, il y a une grande
limousine noire, une Morris Léon-Bollée conduite par un chauffeur. Au fond de
la voiture un homme très élégant regarde la jeune fille. C'est un Chinois. Il
est vêtu à l'européenne, d'un costume clair. L'homme descend de la limousine et
s'avance lentement vers la jeune fille. Il a trente-deux ans. Il revient de Paris.
Il est l'unique héritier d'un homme enrichi dans l'immobilier. Le Chinois
propose à la jeune fille de la ramener à Saïgon. Dorénavant, elle ira au lycée
en limousine. Très vite, un jeudi, le Chinois l'emmène dans sa garçonnière,
une chambre sombre plongée dans le vacarme continu de la ville. Dans la moiteur,
ils vivent des instants sensuels et passionnés La mère, folle et désespérée,
ne doit pas l'apprendre. |  |
Et le frère aîné dévoyé non plus, ni le petit frère fragile.
Mais cet amour fou n'a pas d'avenir. Le père du Chinois préfère voir son fils
mort plutôt qu'avec cette petite blanche qu'il méprise et qui dérange les projets
d'union faits pour son fils.
Ce film beau et sensuel rend
bien le charme des premières amours et de la découverte d'une autre
culture ainsi que la difficulté de prolonger ce bonheur dans des codes
sociaux trop différents.
Marguerite Duras qui participa
pourtant à l'adaptation du film désapprouva le résultat final.
Il est vrai que le film rend plus l'esthétique que la profondeur philosophique
du roman. Et le coté cru et direct des images tue l'imaginaire qui peut
naître d'un texte symbolique et poétique.
*
LA LEÇON DE PIANO de Jane CAMPION, sorti en 1993, coproduction
Australie / France / Nouvelle Zélande, durée 121 mn, avec Holly
Hunter (Ada McGrath), Harvey Keitel (George Baines), Sam Neill (Alisdair Stewart
), Anna Paquin (Flora McGrath), Kerry Walker( Tante Morag ), Geneviève Lemon,
Tungia Baker, Ian Mune, Peter Dennett.
Palme d'or
( Jane Campion est la première femme à l'obtenir ) et prix d'interprétation
féminine Cannes 1993, 3 Oscars et César du meilleur film étranger
en 1994.
|
Au milieu du 19ème siècle, Ada, veuve écossaise, mère d'une fillette de neuf
ans, sourde et muette est envoyée par sa famille dans l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande
pour un mariage arrangé. Elle débarque sur la plage avec ses meubles et son piano
et s'apprête à suivre son nouveau mari Alisdair dans un village isolé.
Faute de moyens, et malgré ses protestations gestuelles, il abandonne le piano
qui sera récupéré par George, un voisin maori. Celui-ci est d'une grande force
physique, tatoué sur tout le corps et à peu près inculte. Ne pouvant supporter
la perte de son piano, Ada accepte le marché que lui propose ce dernier : regagner
son piano touche par touche en lui donnant des leçons de piano. Mais ces
leçons prennent vite un caractère sensuel puis sexuel. La jeune femme s'y soumet
avec de moins en moins de dégoût. Cette confrontation haute en couleurs entre
les instincts primitifs et la bonne éducation victorienne au milieu d'une nature
sauvage est parfaitement maîtrisée, et montre que l'amour et la violence ne sont
pas toujours du coté où on les attend. | 
|
L'authenticité du film est renforcée par le vécu de Jane
Campion, qui s'est inspirée de l'histoire de sa propre mère, par le talent de
Holy Hunter, qui joue elle-même dans les séquences de piano et par celui d'Hervé
Keitel, tatoué de la tête aux pieds par un vrai artiste maori.
* SMOKING et NO SMOKING d'Alain RESNAIS,
deux films sortis en 1993.
Voir fiche détaillée
*
Trois Couleurs : Bleu , de Krystof Kieslowski , sorti en 1993, durée
100mn, avec Juliette Binoche (Julie), Benoît Régent (Olivier Benoit) Charlotte
Très(Lucille), Emmanuelle Riva (Madame Vignon -la mère de Julie), Florence Pernel
(Sandrine).
Lion d'Or à Venise en 1993 et 3 Césars dont la meilleure
actrice pour Juliette Binoche.
|
Ce premier volet de la trilogie illustre le premier thème de la devise
française: la liberté et la première couleur du drapeau.
Cette dominante bleue se retrouve à travers de nombreuses séquences
de piscine dans laquelle Julie vient se ressourcer. Après la mort de son
mari Patrice de Courcy, un grand compositeur, et de leur fille Anna , 5 ans, dans
un accident de voiture, Julie commence une nouvelle vie, anonyme et indépendante.
Son premier mouvement est de mettre fin à sa propre vie, dépourvue
de sens. Dans un deuxième temps elle va tenter de couper tous les
liens qui la relient à son ancienne existence, comme par exemple les partitions
de son mari, une commande de l'Union Européenne. Mais la vie est
plus forte. Elle retrouve des raisons de vivre avec une voisine prostituée
qu'elle aurait méprisée si rien n'avait bouleversé sa vie.
Mais aussi, malgré tout, avec ce qui reste de son mari décédé,
comme son ancien assistant Olivier, qui tente de reconstituer la composition musicale
et sa maîtresse Sandrine qui attend un enfant de lui. Dans ce film
très symbolique et aux recherches esthétiques certaines, Kieslowski
n'aborde pas la question de la liberté sous l'aspect habituel de la liberté
politique ou sociale mais bien sous l'aspect le plus fondamental de la liberté
de vivre. Comment retrouver la liberté de vivre quand tous les repères
dont on disposait disparaissent brutalement. |  |
Enfin "Bleu" porte en germe les deux films
suivants par des séquences précises comme par exemple le personnage
principal de "Blanc", entrevu dans un tribunal et des séquences
où le "rouge" du néon éclate à Pigalle.
L'extrait de la bible, I Corinthiens ch 13, qui sert d'argument
à l'hymne évoqué dans ce film est significatif et illustre
bien l'idée finale de Kieslowski "au dessus des trois valeurs, Liberté,
Égalité, Fraternité, il y a l'Amour":
13:1. Quand
bien même je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n'ai pas
l'amour, je suis un airain qui résonne, ou une cymbale qui retentit.
13:2.
Et quand j'aurais le don de prophétie, la science de tous les mystères et toute
la connaissance, quand j'aurais même toute la foi jusqu'à transporter des montagnes,
si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien.
13:3. Et quand je distribuerais
tous mes biens pour la nourriture des pauvres, quand je livrerais même mon corps
pour être brûlé, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert à rien. ../..
13:13.
Maintenant donc ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance, l'amour ; mais
la plus grande de ces choses, c'est l'amour.
Biographie
et filmographie complète de Krystof Kieslowski
La
suite, le cinéma 1994-1997
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