Alain Resnais :
Filmographie 1982-2014


La vie est un roman (1983) - Life Is a Bed of Roses

Durée 111 min, scénario de Jean Gruault, décor Enki Bilal, Jacques Saulnier, avec Sabine Azéma, Pierre Arditi, Vittorio Gassman, Ruggero Raimondi, Fanny Ardant, Geraldine Chaplin, André Dussollier, Martine Kelly, Robert Manuel.

Ce film se présente sous forme de trois récits imbriqués, dans la lignée des "films multiples" de Resnais qui abordent de façon ironique et ludique des thèmes profonds, comme la recherche du bonheur, l'éducation des enfants et le respect de leur imagination:
En 1919, dans son château, le comte Forbek propose à ses invités une expérience qui doit les conduire à un état de bonheur permanent. Le prix à payer est un enfermement total, l'oubli du passé et une rééducation des sens, en sélectionnant tout ce qui est harmonieux. Mais l'amour-passion incarné par Fanny Ardant fait exploser ce modèle.

En 1982, le même château est devenu un collège expérimental. Un colloque de chercheurs s’y réunit pour préciser les méthodes et moyens d’une éducation de l’imagination.

Resnais pointe les contradictions entre les discours et les actes de ces enseignants chercheurs, et s'amuse des marivaudages propres à tout colloque.
Au même moment, trois enfants s’inventent un conte moyenâgeux, dans lequel un prince vaillant triomphe d’un tyran pour le bonheur de son peuple.

Le scénariste Jean Gruault résume ainsi le film: «Le rêve de Forbek, c’est le récit noble, hugolien ; le colloque, c’est la représentation du quotidien ; et les temps légendaires, c’est la féerie.»
Par ailleurs ce film comporte des choeurs et des parties chantées, tendres et ironiques, qui créent un décalage. Peu aimée du public de l'époque, cette forme annonce pourtant " On connaît la chanson" qui lui, sera largement apprécié.


Sabine Azéma et Vittorio Gassman


Fanny Ardant et André Dussolier
(cliquez pour agrandir)

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L'amour à mort (1984) - Love Unto Death

Durée 92 mn, scénario et dialogues Jean Gruault, avec Sabine Azéma, Fanny Ardant, Pierre Arditi, André Dussollier, Jean Dasté.

A travers l’histoire de deux couples, Resnais aborde de nouveau les liens étroits et ambigus entre l’amour et la mort, le plaisir et la douleur, la passion et la solitude.

Un couple vit depuis dix ans une entente profonde et exaltée. Pasteurs tous les deux, ils ont cependant chacun une conception personnelle de la foi.
L’histoire d’amour naissante du second couple est traversée par la peur d’une d’une séparation qu’ils pensent inévitable. Ils incarnent les deux pôles d'une passion exaltée: elle, lumineuse et irradiée de son amour partagé, lui sombre et torturé par un souvenir troublant.

Les questions soulevées sont profondes et traitées simplement et directement: L'amour absolu est-il un long chemin paisible ensemble ou une expérience brève, violente et soluble seulement dans la mort? Est-ce l'amour désintéressé (Agapé) ou l'amour passionné et possessif (Éros)?
Le suicide est-il un acte lâche ou courageux? L'église a-t-elle tort de condamner ce geste? Jésus lui-même n'est-il pas allé sciemment au devant du supplice?

La forme de ce film est très linéaire, mais néanmoins originale, comme toujours chez Resnais. Les plans sont courts, coupés net et très souvent interrompus par 52 séquences abstraites noires ou grises avec des taches blanches ( neige artificielle de studio), et une musique lointaine, invitant à la réflexion et évoquant le récit de ceux qui sont passés près de la mort.

Resnais écrit: "Ces plages musicales servent à amplifier et à prolonger l'émotion en se passant de mots. Des choses non dites par l'image ou le dialogue le sont par la musique"

Avec le même scénariste Jean Gruault et la présence du légendaire Jean Dasté , ce film est un peu la réponse au film sur un thème très proche de François Truffaut " La chambre verte " (1978)

Voir la bande annonce en vidéo Attention: 3,4 Mo à charger


Mélo (1986) 

Durée 112m, d'après la pièce d'Henry Bernstein,
avec Sabine Azema , Pierre Arditi, André Dussollier, Fanny Ardant.
Deux César pour S Azema ( meilleure actrice) et Arditi ( meilleur second rôle)

Un célibataire et un couple confrontent leurs vies respectives: le premier n'a plus que les souvenirs, le second n'a plus que les compromis. Lui se voile la face quand son meilleur ami, Marcel, séduit sa femme. La tragédie couve sous ces faux-semblants...
Dans chaque cas, l'échec est béant, les regrets chahutent le quotidien. Il suffit que l'héroïne cède à la tentation de rectifier son destin pour que l'apocalypse s'abatte sur les têtes du trio maudit.
Comme dans "L'année dernière à Marienbad" et avant "Smoking No Smoking", Alain Resnais s'interroge sur le hasard et le libre-arbitre. Resnais rend hommage au théâtre et à ses artifices à travers des décors visibles et des acteurs qui se revendiquent comme tels (le rideau rouge s'ouvre et se ferme sur eux)

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I Want to Go Home (1989)

Durée 105 mn, scénario et dialogues Jules Feiffer.
Avec Adolph Green (Joey Wellman), Laura Benson (Elsie Wellman), Linda Lavin(Lena Apthrop), Gérard Depardieu (Christian Gauthier), Micheline Presle (Isabelle Gauthier), John Ashton (Harry Dempsey), Géraldine Chaplin (Terry Amstrong), Caroline Sihol (Dora Dempsey) .

Dans ce film, injustement boudé par la critique, Resnais aborde l'univers de la bande dessinée et les différences de culture entre la France et les Etats-Unis.
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Gershwin (1992)

Durée 52mn, documentaire destiné à la télévision


Smoking ../.. No Smoking (1993)

Durée: 140mn ../..145mn, scénario et dialogues: Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, d'après huit pièces d'Alan Ayckbourn, avec Pierre Arditi, Sabine Azéma; Dessins de Floc'h; musique originale John Pattison; photographie de Renato Berta; Prix Louis-Delluc 1993

A la fois exercice de style rigoureux dans sa construction et fantaisie, ces deux films réunis sont un exemple typique de " film multiple " de Resnais ( voir la fiche détaillée de ce film ) proposant chacun 6 fins différentes à un début commun.

Les décors sont volontairement non réalistes, pour rappeler l'origine théâtrale du scénario, et sont toujours situé à l'extérieur, mais tourné en studio.
Chaque trajet est une occasion pour le personnage de réaliser un désir que le précédent trajet ne leur avait pas permis d'accomplir.
Les êtres qui se voient offrir plusieurs destinées sont des êtres ordinaires avec des problèmes ordinaires, des histoires d'amour mal fichues, plutôt mal que bien résolues par l'alcool chez l'un par la nymphomanie chez l'autre, l'apparente résignation chez un troisième. Ils se cherchent sans vraiment vouloir trouver l'autre, se croisent sans vraiment se voir ; la scène de la falaise dans le brouillard résume assez bien leur façon d'être ensemble.
C'est une réflexion sur le destin, la place du hasard, mais aussi sur l'inutilité des regrets, à travers des personnages ordinaires, mais typés, du loufoque au sinistre, en passant par le raisonnable.
Chacun des 5 personnages féminins sont joués par Sabine Azéma et les 4 masculins par Pierre Arditi, les personnages secondaires sont évoqués, entendus même, mais jamais vu. Le maquillage et les accessoires sont d'autant plus appuyés que le personnage s'éloigne de la norme.


On connaît la chanson (1997) - Same Old Song Prix Louis-Delluc 1997

Durée 120 mn, scénario et dialogues: Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri.
avec Pierre Arditi (Claude ), Sabine Azéma (Odile Lalande ), Jean-Pierre Bacri (Nicolas ), André Dussolier (Simon ), Agnès Jaoui (Camille Lalande ), Lambert Wilson (Marc Duveyrier ), Jane Birkin (Jane ), Jean-Paul Roussillon (Le père ), Jean-Pierre Darroussin, Nelly Borgeaud (un docteur ), Charlotte Kady, Jacques Mauclair, Pierre Meyrand , Claire Nadeau

A partir du thème des apparences, Resnais s'inspire cette fois de l'auteur anglais Dennis Potter, qui avait l' habitude d'intégrer des chansons complètes dans le corps de ses fictions pour mieux fustiger la société britannique.
Ce film privilégie une culture populaire nourrie d'images familières où l'individuel et l'universel se télescopent . Des bribes de chansons sont interprétées en play-back (procédé déjà esquissé dans La vie est un roman) quelque fois en complet décalage. Des voix de femmes peuvent être placées dans la bouche des hommes et réciproquement. Seule Jane Birkin entonne une de ses chansons.
Ces extraits interfèrent par association libre dans les chassés-croisés de six personnages principaux, pris au piège de leur impuissance à vivre en conformité avec leurs rêves et leurs désirs.
Par ses dérapages impromptus dans la chanson de variétés au gré des états d'âme des personnages, porteurs de lieux communs rassurants, ces rengaines nous touchent parce qu'elles nous ressemblent.

A travers cette forme ludique, Resnais aborde le grave problême de la dépression et égratigne une partie du milieu intellectuel parisien, comme Camille, étudiante en histoire, guide à ses heures, préparant une thèse sur « les chevaliers-paysans de l'an mil au lac de Paladru ». Resnais n'invente pas, cette étude a bien été publiée en 1993.


Pas sur la Bouche ( 2003)
Durée 115 mn, d'après une opérette d'André Barde et Maurice Yvain ( créée en 1925 )
avec Sabine Azéma (Gilberte Valandray), Isabelle Nanty ( Arlette Poumaillac -soeur de Gilberte), Audrey Tautou ( Huguette Verberie), Pierre Arditi ( Georges Valandray -second mari de Gilberte), Jalil Lespert ( Charley), Daniel Prévost ( Faradel), Darry Cowl ( Madame Foin), Lambert Wilson ( Eric Thomson-premier mari de Gilberte).
3 récompenses aux César 2004: César des meilleurs costumes pour: Jackie Budin; César du meilleur acteur dans un second rôle pour: Darry Cowl ; César du meilleur son pour: Jean-Marie Blondel, Gérard Hardy et Gérard Lamps.

Lors d'un séjour aux États-Unis, Gilberte a été mariée en premières noces à un Américain, Eric Thomson. Son mariage a été un échec. Mais cette union n'ayant pas été légalisé par le consul de France, il n'est, de fait, pas reconnu en France. Revenue à Paris, Gilberte a épousé Georges Valandray, riche métallurgiste. Celui-ci, qui croit à la félicité conjugale dès lors que l'on est le premier mari de sa femme, est soigneusement tenu dans l'ignorance de l'union avec Eric Thomson. Seule la sœur de Gilberte, Arlette Poumaillac, toujours célibataire, connaît le secret. Mais, par pure coïncidence, Georges Valandray entre en relations d'affaires avec cet Eric Thomson et se prend d'amitié pour lui

affiche
signée Floc'h

Pas sur la bouche constitue le troisième film de Resnais dans le genre de la comédie musicale, après La Vie est un roman et On connaît la chanson . C'est aussi un hommage au théâtre comme Mélo, avec des jeux de scène où les acteurs prennent à témoin le spectateur ( en l'occurrence la caméra ) et des mouvements de rideaux apparents.

Le caractère désuet et charmant de l'intrigue est harmonieusement compensé par la modernité de certaines tirades, comme celle sur la suffisance des américains ou l'intemporalité des situations qui évoquent à la fois Musset, Marivaux ou les comédies musicales.

Resnais retrouve ses comédiens favoris, Pierre Arditi et Sabine Azema, mais pas André Dussolier, qui le dit lui-même dans une savoureuse bande annonce.

Alain Resnais a tenu à ce que ses acteurs chantent les chansons du film et ne soient pas doublés.
Il déclare :"Mon grand plaisir au théâtre musical, que ce soit à Broadway, Londres ou Paris, c'est d'avoir en face de moi des acteurs qui chantent, et non des chanteurs qui jouent. Ce qui m'intéressait, c'était de voir si on pouvait prendre des acteurs français et n'en doubler aucun. Lambert Wilson est chanteur professionnel, les autres non. Ils se sont prêtés au jeu avec gourmandise. Je m'étais dit d'emblée : tant pis si ça n'est pas impeccable du point de vue du chant, du moment que les voix sont vraies."


Cœurs (2006)
Scénario de Jean-Michel Ribes d'après une pièce de Alan Ayckbourn ( Private Fears in Public Places ) , durée 120 mn, Lion d'argent au festival de Venise 2006;
avec Sabine Azéma ( Charlotte), Lambert Wilson ( Dan), André Dussollier ( Thierry), Pierre Arditi ( Lionel), Laura Morante ( Nicole), Isabelle Carré ( Gaelle), Claude Rich ( Franco)

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Les Herbes folles (2009)
Scénario de Laurent Herbiet, Alex Reval d'après le roman L'Incident de Christian Gailly , musique originale : Mark Snow, directeur de la photographie : Eric Gautier ; Montage : Hervé de Luze
avec Sabine Azéma :(Marguerite Muir ), André Dussollier (Georges Palet ), Anne Consigny (Suzanne Palet ), Emmanuelle Devos (Josépha ), Mathieu Amalric (Bernard de Bordeaux )

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Vous n'avez encore rien vu (2012)
Scénario de Laurent Herbiet, Alex Reval d'après Eurydice de Jean Anouilh , musique originale : Mark Snow, directeur de la photographie : Eric Gautier ; Montage : Hervé de Luze
avec Sabine Azéma ( Eurydice 1 ),Anne Consigny (Eurydice 2 ),Pierre Arditi ( Orphée 1), Lambert Wilson (Orphée 2), Mathieu Amalric (Monsieur Henri), Michel Piccoli (le père), Anny Duperey ( la mère), Denis Podalydès (Antoine), Jean-Noël Brouté (Mathias) Hippolyte Girardot (Dulac
)

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Aimer, boire et chanter (2014)
Scénario de Laurent Herbiet, Alain Resnais et Caroline Silhol, d'après la pièce Life of Riley d'Alan Ayckbourn, avec Sandrine Kiberlain ( Monica), André Dussollier (Simeon), Sabine Azéma (Kathryn), Hippolyte Girardot (Colin), Caroline Sihol (Tamara), Michel Vuillermoz (Jack) Alba Gaïa Kraghede Bellugi

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Projets non aboutis

Les Aventures de Harry Dickson
Le projet d’adapter les aventures du détective Harry Dickson, chaînon manquant entre Fantômas et Sherlock Holmes, écrites par Jean Ray dans les années 30-40, fut une véritable obsession de Resnais qui le porta avec lui tout au long des années 60. Jusqu’à ce que le projet disparaisse, faute de moyens financiers.
Le scénario original a été écrit par Frédéric de Towarnicki, écrivain, journaliste et philosophe, le producteur Anatole Dauman, le peintre Jean Le Gac auraient pu être de la partie.Il en reste un livre , Repérages (1974), qui rassemblait des photographies prises en Grande-Bretagne pour préparer les décors du futur film.
Distribution prévue: Delphine Seyrig dans le rôle de Georgette Cuvelier, Laurence Olivier puis Dirk Bogarde dans celui de Harry Dickson.
Des «songs», écrites par de Towarnicki, qui devaient servir d’intermèdes entre les scènes. Celle dite de la Complainte de Harry Dickson qui se conclut par «Car le crime change de tête/Comme on changerait de rideau»,

Or
Projet élaboré de 2000 à 2002 avec comme scénariste Michel Le Bris (né en 1944) écrivain français, spécialiste de Robert Louis Stevenson, directeur du festival littéraire de Saint-Malo « Étonnants voyageurs » créé en 1990. Après l'échec du projet, Alain Resnais bâtit rapidement le film "Pas sur la bouche" pour employer l'équipe technique et les acteurs déjà retenus.

Arrivée et départ
Projet élaboré fin 2013 et interrompu par sa mor. C'était encore une adaptation d'une pièce d'Ayckbourn, écrite avec Laurent Herbiet. Resnais avait dit: «On va tourner dans une gare de Bretagne, et ce sera ma légende bretonne.»" Trois acteurs avaient déjà été choisis : Sabine Azéma, Caroline Sihol et François Damiens, "qu'il voyait dans un personnage plein de bonté". "Et il avait une idée novatrice: faire les flash-back en BD".

 


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