Alain Resnais :
Filmographie 1963-1980


* Muriel, ou le temps d'un retour, sorti en 1963 -Muriel, or the Time of Return

Durée 116 mn, scénario et dialogues Jean Cayrol, musique H W Henze et Georges Delerue, avec Delphine Seyrig(Hélène Aughain) ,Jean-Pierre Kérien (Alphonse Noyard) ,Nita Klein (Françoise), Jean-Baptiste Thiérrée (Bernard Aughain), Claude Sainval (Roland de Smoke), Laurence Badie (Claudie), Jean Champion (Ernest), Jean Dasté (L'homme à la chèvre), Martine Vatel (Marie-Dominique), Philippe Laudenbach (Robert), Robert Bordenave.

Hélène Aughain s'occupe de son beau-fils Bernard. Vétéran de la guerre d'Algérie, il a été obligé de participer à la torture et d'assister au meurtre de Muriel, une fille algérienne accusée de sabotage, mais ne parvient pas à assumer son passé, comme son camarade Robert ni à l'oublier.
Par ailleurs Hélène, au milieu d'un appartement transformé en boutique d'antiquaire tente de retrouver son amour de jeunesse, Alphonse. Leur rencontre va leur faire découvrir qu'ils n'ont plus rien en commun malgré les efforts pour essayer de se comprendre.

Située en plein cœur du film, la séquence évoquant la torture en Algérie est précédée par des allusions et par la lecture, par effraction, de la part d'Alphonse du journal intime de Bernard.
Cette séquence, d'une durée d'environ 90 secondes, ne montre en fait que des images anodines et même joyeuses que l'on peut supposer tournées, en amateur, par un soldat du contingent. Seule la voix de Bernard, off, décrit avec calme le martyr, la mort et la disparition du corps de Muriel.
Resnais nous signifie ainsi que la torture est au centre du processus de destruction de l'individu Bernard, mais qu'elle n'est pas montrable et qu'il faut se hâter d'en porter témoignage (Le tournage de Muriel se situe en 1962) sous peine de déni définitif. Le choix même du prénom Muriel, féminin et européen, ajoute à l'étrangeté, la torture ayant été appliquée majoritairement à des hommes d'origine arabe.
D'ailleurs pendant le cours du film, les "preuves" que Bernard prétend accumuler ne sont que des images sans importance.

Le personnage d'Hélène est aussi troublant, séparé d'Alphonse par le début de la guerre en 1939, elle semble ne pas avoir réellement existé depuis ce temps là jusqu'en 1962. De plus le choix de Delphine Seyrig, 30ans à l'époque, pour un personnage âgé d'au moins 45 ans accentue cette impression de vide.
De même Alphonse prétend avoir passé toutes ces années à Alger, mais nous découvrons que ce séjour est une invention et un "alibi"


Un autre personnage important de ce film est la ville de Boulogne-sur-Mer. Largement détruite par les bombardements de 1944, elle se présente 20 ans après comme reconstruite, mais sans âme et avec un centre où subsistent encore des terrains en friche. Dans ce cas là aussi, le fonctionnement externe est assuré, mais le cœur semble brisé.

Muriel est un des rares films linéaires de Resnais, sur le poids des souvenirs, du passé, l'angoisse du temps qui passe.
Si le film est linéaire dans le temps montré à l'écran, il est par contre empli d'allers-retours dans le temps évoqué par les discours. Et comme souvent chez Resnais, on trouve une réflexion sur la mémoire et sur la réalité des souvenirs.
En montrant que l’expérience de la guerre (pour Bernard) ne débouche pas sur un engagement politique mais sur un cauchemar intime et une impossibilité de communiquer, Resnais va au cœur du problème.
Terminée en juin 1962, la guerre d’Algérie demeurait un sujet tabou en France: à l'exception de Godard ( Le Petit Soldat, 1963 interdit plusieurs années), il faudra attendre la fin des années 60 pour que des films plus francs, plus nets, et accusateurs, signés par des cinéastes non français, apparaissent, comme La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (tourné en 1966, interdit jusqu’en 1970) ou Le vent des Aurès de Mohamed Lakhdar Hamina.

Muriel n’étant pas un film sur l’Algérie, mais un film où il en est question comme d’une pensée gênante, Resnais par ce propos subtil échappa à la censure très pointilleuse de l'époque.

Voir un panorama des films ayant pour thème la Guerre d'Algérie


La guerre est finie (1966) -The war is over

Durée 121 mn, scénario et dialogues Jorge Semprun; Prix Louis-Delluc 1966
avec Yves Montand, Ingrid Thulin, Geneviève Bujold, Dominique Rozan, Françoise Berti, Michel Piccoli

Ce film est peut-être le plus linéaire de Resnais, sous l'influence de sa première collaboration avec Semprun.
En 1965, Diego, un militant du PC espagnol vit en exil à Paris. Régulièrement, il passe la frontière sous des identités d'emprunt assurant ainsi la liaison entre les militants exilés et ceux restés en Espagne.

De retour d'une mission difficile, Diego se prend à douter du sens de son action et des moyens mis en oeuvre. Sa confrontation avec les jeunes militants de gauche, qui deviendront les acteurs de mai 1968 est prémonitoire de l'évolution des formes de lutte.

Le film dans son contexte historique

Alain Resnais déclara « Si on avait voulu faire un film sur l'Espagne, il aurait mieux valu faire un documentaire ou lancer une campagne de presse. je veux dire que si le vrai but était là, se réfugier derrière une fiction serait une lâcheté. Ce qui ne signifie pas que la fiction n'ait pas un rôle à jouer. Quand on voit la fureur que ce film a provoqué auprès du ministère de l'intérieur espagnol (qui a exigé que le film soit retiré de la compétition du Festival de Cannes en 1966), j'avoue que je suis surpris. Ils auraient normalement dû le laisser passer. »


Loin du Vietnam (1967) - Far from Vietnam

Film collectif, coordination Chris Marker, au coté de Joris Ivens, Godard, Lelouch, Agnès Varda, William Klein,
Pour la partie Resnais: durée 15 mn , avec Bernard Fresson et Karen Blanguernon
Fiche complète : Loin du Vietnam

La partie réalisée par Resnais est celle qui montre et fait entendre un personnage imaginaire, sous le regard d’une femme silencieuse, le langage de la mauvaise conscience et de la mauvaise foi. Dans un mélange de réflexions fondées et de contre-vérités, de raisonnements creux et de contradictions, Resnais décortique avec ironie l'impuissance d'un intellectuel de gauche devant la tragédie de la Guerre du Vietnam.

Ce film propose des visions différentes et personnelles de la guerre du Vietnam. Contenant des images tournées à Hanoï, Paris ou Washington, les différentes contributions, de la fiction au documentaire, du montage d’archives à l’animation, présentent autant de propositions que de réponses que le cinéma peut apporter à une situation de crise politique.

Resnais déclare: «Le personnage passe de choses très positives à des choses entièrement négatives. Mais c’est vraiment comme des reflets. Il est là pour que le public, de temps à autre, s’aperçoive de certaines contradictions mais qui sont aussi les nôtres. C’était en somme de dire, presque, à travers un personnage qui était quand même touchant, déchirant, antipathique et sympathique, tout ce qu’on pouvait dire en même temps contre le film et sur l’inutilité ou l’utilité de le faire. »


Je t'aime, je t'aime (1968)

Durée 91 mn, scénario et dialogues Jacques Sternberg, avec Claude Rich (Claude Ridder), Anouk Ferjac, Olga Georges Picot, Bernard Fresson, Van Doude.

A travers le pretexte d'une expérience scientifique sur le temps, Resnais explore de nouveau le travail individuel sur le passé, le souvenir.
A partir d'une sorte de renaissance ( symbolisée par une scène où Claude Ridder ressort de la mer, scène qui se répète plusieurs fois à l'identique), le rythme des aller-retours est rapide et angoissant, le film étant découpé en 160 séquences.

Ce film aride et mal aimé du public contient le germe de "L'amour à mort " et de "La vie est un roman", sur le thème d'une éventuelle " deuxième chance" qui pourrait être offerte pour mieux aimer ceux que l'on regrette d'avoir négligé lorsqu'ils étaient présents.


Claude Rich et Anouk Ferjac

Avec l’idée d'une expérience scientifique sur le temps, Resnais explore de nouveau le travail individuel sur le passé, la mémoire et l’imaginaire, avec un scénario écrit par un auteur de science-fiction, Jacques Sternberg. « J'espère avoir raconté un conte de fée de science-fiction sur le thème vieux de 3000 ans : l'existence est une étrange aventure. Je ne comprends pas pourquoi on est sur Terre. » (Alain Resnais).

Comme souvent, nous sommes loin d’une narration linéaire avec ce récit éclaté de la vie du personnage, par un montage rapide d’allers-retours dans le temps. « Je rêvais de retours en arrière qui seraient des moments apparemment insignifiants, des temps morts et pourtant vécus, des moments d’attente, des instantanés quotidiens, à la fois absurdes et importants, des bribes de dialogues anodins, des rêves et des cauchemars, bref tout ce qui fait qu’une vie est un mélange d’ennui, de panique, de douceur, d’effroi, de quiétude, d’insolite et de banalité. » (Jacques Sternberg)

Dans ce film, au milieu de nombreux thèmes graves, l'étrange théorie qui explique que Dieu est un chat, qu'il a créé les chats à son image et qu'il a inventé les humains et leur ingéniosité pour mieux fournir le confort matériel, radiateurs, couvertures, nourriture à la race féline.

Alain Resnais répond à la question: "Pourquoi le film se déroule-t-il en Belgique ?"
"Ce n'est pas un hasard. Je ne suis pas Belge, mais c'est un pays qui m'a toujours, comment dire, auquel j'ai toujours été sensible: Magritte, Delvaux, la lumière, une certaine qualité de lumière, le surréalisme, la tradition fantastique belge, etc...
Et puis, Jacques Sternberg est Belge. Et il y a beaucoup de sa mythologie personnelle dans le film.
Et puis, la Belgique, c'est la première frontière que j'ai franchie. En 46-47... c'était les films américains que nous ne pouvions pas voir à Paris. Les "serials" qui arrivaient à Bruxelles, nous allions les voir dans une salle située Place de l'Etang Noir. Toujours le fantastique...
Tout cela m'a marqué. La Belgique, pour moi, c'est l'imaginaire..."


L'an 01 (1973)
Film de Jacques Doillon, qui confie une séquence sur le Nigéria à Jean Rouch et une sur New-York à Alain Resnais. Le film a une durée complète de 87 mn, Noir et blanc; scénario de Gébé avec Gérard Depardieu, Josiane Balasko, Jacques Higelin et l'équipe du Splendid.
A l'origine bande dessinée publiée dans Charlie-mensuel, ce film est une utopie écologique et tiers-mondiste. Il décrit la volonté de rompre avec le système traditionnel, où les gens perdent huit heures par jour à entraîner la destruction de la planète et à consommer des choses qui ne servent à rien.
Séquence NewYork (Alain Resnais): durée 4 mn; avec Lee Falk (le banquier) David Pascal, Fréderic Tuten
Alain Resnais a tourné bénévolement, à New York, un mini film sur la débâcle des cours à Wall Street « Resnais a toujours été un fanatique de la B.D., et donc de Gébé. (...) et ça l’a amusé de rendre service à sa manière en tournant à New York sa petite séquence. » (Jacques Doillon)


Stavisky... (1974)

Durée 115 mn, scénario et dialogues Jorge Semprun, avec Jean-Paul Belmondo, Charles Boyer, François Pérrier, Anny Duperey, Michael Lonsdale, Claude Rich.

Même si l'aspect politique de l'affaire Stavisky est abordé, l'axe principal du film est l'aspect psychologique du personnage de l'aventurier Stavisky, qui surestime son pouvoir et celui de son réseau d'amis. Resnais et Semprun introduisent un parallèle avec le séjour à la même époque de Trotsy en France et son expulsion du territoire. La beauté plastique des images est renforcée par le jeu plutôt sobre et élégant de Belmondo.

Voir fiche détaillée du film


Providence (1977)

Durée 110 mn, scénario et dialogues David Mercer, avec Dirk Bogarde, John Gielgud, Ellen Burstyn. César de la meilleure oeuvre en 1978.

Resnais joue à la fois sur le terme providence et sur la ville américaine Providence, lieu de naissance de Lovecraft, auteur de science-fiction qui inspire içi en partie sa réflexion.
A travers un auteur vieux et malade qui imagine une histoire à partir de sa propre famille, Resnais montre les essais et les retouches d'un processus de création.

Un autre thème du film est une illustration critique et ludique de la psychanalyse, à travers sa représentation en direct et l'évocation des frustrations des personnages, aussi bien que ceux du spectateur.
Plus généralement, la mémoire, sa façon de reconstruire et de déformer des expériences vécues ou fantasmées, sont l’enjeu indirect mais omniprésent de Providence.

Le film dans son contexte historique


Mon Oncle d'Amérique(1980) - My American Uncle

Durée 125 mn, scénario et dialogues Jean Gruault, inspiré des travaux du Professeur Henri Laborit
avec Roger Pierre, Nicole Garcia , Gerard Depardieu, Pierre Arditi, Nelly Borgaud, Marie Dubois

Le professeur Laborit intervient au cours de trois récits entremélés pour expliquer sa théorie du comportement humain:

Jean LeGall, issu de la bourgeoisie, ambitieux, mène une carrière politique et littéraire. Pour la comédienne Jeannine Garnier, il abandonne sa femme et ses enfants. Jeannine a quitté sa famille, de modestes militants communistes, pour vivre sa vie. Elle finit par se séparer de Jean et devient conseillère d'un groupe textile où elle doit résoudre le cas difficile de René Ragueneau, fils de paysan catholique, devenu directeur d'usine.

Selon Laborit, la conduite est réglée par trois motivations : la consommation, la récompense pour laquelle on fuit ou on lutte et l'inhibition.
Notre cerveau comporte un cerveau reptilien qui assure nos réflexe de survie et qui dirige notre comportement de consommation, notre deuxième cerveau, commun avec celui des mammifères est celui de la mémoire, il guide notre comportement de récompense, on fuit les expériences que l'on sait douloureuses et on lutte pour rechercher le plaisir. Si toutes les issues sont bouchées, l'inhibition de l'action provoque le stress et déclenche des maladies.

Notre troisième cerveau, le néocortex, permet d'associer des idées provenant d'expériences différentes. Il ne nous sert bien souvent qu'à tenir un discours qui permet de justifier nos deux premiers comportements.
Il devrait nous permettre de comprendre que ces deux premiers cerveaux n'instaurent entre les hommes que des comportement de domination entre les hommes. Or l'homme n'est fait que de son contact avec les autres hommes. Ne pas être conscient qu'il faut lutter contre les instincts de dominations, ne peut conduire qu'au malheur individuel et collectif.


L'affiche du film
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Nicole Garcia et Pierre Arditti
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