*Il était un père (父ありき Chichi ariki) de Yasujiro Ozu, sorti en 1942, durée 94 min, avec : Chishu Ryu (Shuhei Horikawa), Shuji Sano (Ryohei), Shin Saburi (Yasutaro Kurokawa), Takeshi Sakamoto (Makoto Hirata), Mitsuko Mito (Fumi), Masayoshi Otsuka (Seichi), Shinichi Himori (Minoru Uchida)
Un modeste enseignant dans une ville de province est veuf et père d'un garçonnet dont l'éducation lui tient plus que tout à cœur. Lors d'un voyage scolaire à Tokyo, un écolier se noie. L'enseignant, s'estimant moralement responsable de cette catastrophe, présente sa démission, et part s'installer avec son fils dans sa ville natale, où son propre père avait vendu sa maison pour lui payer ses études.
Rattrapé par les besoins d'argent, soucieux de donner à son fils toutes les chances dans la vie, le père annonce à ce dernier qu'il leur faut se séparer, au cours d'une séquence de pêche d'autant plus inoubliable que les deux silhouettes, filmées côte à côte sur la berge, accordent solidairement leur mouvement au fil de l'eau qui passe.
Il place son fils dans un internat pour pouvoir partir et trouver du travail à Tokyo. Le père et l'enfant forment souvent le projet de vivre à nouveau ensemble, mais cet espoir ne se réalisera jamais.
Douze ans plus tard, le fils étudie à l'université. Il revoit son père et envisage de s'installer à Tokyo pour vivre avec lui. Le père refuse que son fils démissionne de son poste en lycée pour vivre auprès de lui. Il lui intime l'ordre de continuer à faire du mieux qu'il peut ce pour quoi il a été formé. Comprenant que tel est son devoir, le fils renonce à son vœu le plus cher et repart enseigner dans son lycée de province.
A l'occasion d'un examen militaire, le fils finit par obtenir de longues vacances qu'il passe chez son père. Celui-ci, invité par d'anciens collégiens en compagnie de Kurokawa son condisciple d'autrefois et ami de toujours se rend compte que tous ces jeunes gens sont mariés.
Rentré chez lui, le père exprime à son fils les vœux qu'il forme pour son mariage avec la jolie fille de Kurokawa. Puis il a un malaise, s'évanouit et ne peut se rendre à son travail. Il meurt paisiblement à l'hôpital. Dans le train qui l'éloigne de Tokyo, le fils explique à la jeune femme qu'il a épousée, selon le désir de son père, que cette dernière semaine qu'il a passée depuis son enfance avec son père a été la plus belle de sa vie.
La condition humaine chez Ozu résonne avec la splendeur de la nature. Les scènes de pêche dans ce film est éclairante : Tout est ordinaire et régulier, Tout est quotidien. La nature se contente de renouer ce que l'homme a rompu, elle redresse ce que l'homme voit brisé.
Les plans fixes d'objets, comme la théière, ou de lieux désertés soulignent l'accord des personnages avec cette philosophie de la simplicité héroïque ou les soucis du quotidien sont considérés comme étant dans la nature des choses. Cette philosophie peut sembler bien rétrograde et fataliste. Elle repose néanmoins sur l'écoute attentive des autres et des enseignements qu'ils peuvent nous apporter. A l'occasion du dîner qui rapproche pour quelques heures la génération des professeurs et celle des anciens élèves se perpétue un rituel familier à partir du respect mutuel des personnages, mais plus encore de leur communion intense dans le sentiment de la fuite du temps.
Elle suppose aussi une grandeur âme peu commune. Jamais le père ne regrettera sa décision de quitter l'enseignement quoi qui lui en ait coûté et jamais le fils ne fera preuve du moindre ressentiment. Cette grandeur d'âme va de paire avec un goût extrême pour la simplicité et l'humilité.
Le style de Ozu est un modèle de dépouillement: composition et épurement du cadre, plans fixes, caméra au ras du sol, recours à l'ellipse et à la litote.




