Dans le Japon médiéval du XIème siècle, le
gouverneur de la province de Putsu est obligé de s'exiler pour avoir favorisé
les paysans. Sa femme et ses deux enfants décident de le rejoindre six ans après
son départ. En route, ils sont capturés par des marchands d'esclaves. Séparés,
la mère est revendue comme une courtisane sur l'île de Sado, alors que sa progéniture
est envoyée dans la province de Tango pour servir l'impitoyable Intendant Sansho.
Le fils de Sansho est pris de pitié pour ces deux enfants et leur conseille de
cacher leur vraie identité noble. Après dix ans au domaine de Sansho, Zushiô semble
avoir oublié les conseils de son père. Il est devenu l'un des plus cruels
des travailleurs de Sansho. Anju, sa sœur, travaille encore sous de pénibles conditions
et elle souffre quand elle apprend ce que son frère est capable de faire.
Un
jour, une nouvelle esclave arrive. Elle chante une chanson qui parle de deux enfants
perdus et regrettés: elle raconte à Anju, la fille de Tamaki, qu'une vieille prostituée
de l'île d'ù elle vient chantait cette chanson. À cause de cette chanson, Anju
apprend que sa mère ne les a pas oubliés.
Zushiô et Anju sont obligés de
mener une vieille femme mourante à la montagne, de manière à ce qu'elle soit dévorée
par les fauves et il n'y ait pas besoin de l'enterrer quand elle mourra. Anju
encourage son frère pour qu'il s'enfuie, elle le protégera pendant ce temps. Zushiô
charge la vieille femme et s'enfuit, tandis que sa sœur se suicide pour que la
torture ne la force pas à avouer l'endroit où son frère se cache. Les prêtres
bouddhistes accueillent Zushiô et la vieille femme et ils les cachent des travailleurs
de Sanshô qui les traquent. La femme reste au temple tandis que Zushiô va à
Kyoto pour demander auprès du ministre de la justice sa liberté.
Quand sa vraie identité est découverte, il est réhabilité
et nommé gouverneur par le ministre de la justice, il occupera le même poste que
jadis avait occupé son père, mort il y a un an. Il publie une loi où il octroye
la liberté à tous les esclaves. Il se présente à la propriété de Sanshô pour l'arrêter,
même si celui-ci n'est pas sous sa juridiction puisqu'il dépend directement de
l'Empereur. Quand il a envoyé Sanshô en exil, il démissionne et part chercher
sa mère, qu'il trouvera vieille, aveugle et abandonnée.
D'une façon minoritaire
dans l'œuvre de Mizoguchi, c'est ici par son sujet et ses personnages, un film
plus masculin que féminin ; et l'oppression qu'il dépeint touche autant les homems
que les femmes, les enfants que les adultes. A travers les malheurs de Tamaki,
de Zushio et d'Anju, Mizoguchi a voulu décrire l'aube des valeurs morale à une
époque où elles ne sont pas encore des valeurs objectives mais seulement le parti
pris de quelques uns comme par exemple le père de Zushio.
Le voyage initiatique
du fils Zushio sera celui d'un barbare prenant conscience de la condition humaine
et devenant un adulte responsable et civilisé en poursuivant la quête de justice
entreprise par son père quelques décennies auparavant. De l'esclave sans remords
marquant de pauvres congénères au fer rouge lorsqu'ils tentent de s'enfuir, il
deviendra un gouverneur ordonnant d'abolir les lois sur l'esclavage dans sa province
et punissant les supérieurs abusifs. Son changement s'opère grâce à l'apport d'une
femme, mais plus encore par l'unité familiale : d'abord un barbare, il retrouve
subitement son innocence juvénile en cassant une branche en compagnie de sa sœur.
Lui rappelant une scène du passé entrevue plus tôt dans le film, il se remémore
leur voyage en compagnie de la mère et sa jeunesse. Le succès de Zushio est dû
est grande partie aux femmes : le sacrifice de sa sœur pour qu'il puisse s'échapper
; l'image et l'éducation de sa mère pour lui donner une raison de s'accomplir.
La mise en scène de Mizoguchi est particulièrement maîtrisée dans ce film. Impressionné
par la représentation du premier film en cinémascope au Festival de Venise, il
travaille encore d'avantage les larges et grands plans pour donner toute ampleur
à son image. Il alterne ses cadrages pour se rapprocher de ses personnages. Il
n'ira toujours pas jusqu'à insérer des gros plans simplement pour diriger l'attention
du spectateur sur un détail en particulier ou pour obtenir une meilleure intensité
dramatique, mais pour détailler d'avantage ses protagonistes principaux.
Enfin, rarement l'action hors-champ n'aura été si bien rendu que, que ce soit
en début du métrage pour arriver sur l'intrigue principale ou en cours de film,
comme pour élucider le moment dramatique du marquage au fer rouge. Son découpage
à l'intérieur des scènes est en parfaite harmonie avec le paysage, le placement
des personnages et leur lien avec les lignes imaginaires tracées par l'horizon
sont parfaitement géométriques et décomposées comme dans un tableau peint.