Kairouan


Kairouan (القيروان), dont le nom signifie étymologiquement « campement », est une ville du centre de la Tunisie et le chef-lieu du gouvernorat du même nom.
Elle se situe à 150 kilomètres au sud-ouest de Tunis et cinquante kilomètres à l'ouest de Sousse.
Elle est souvent considérée comme la quatrième ville sainte de l'islam.
Kairouan est inscrit sur la liste du Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1988

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Histoire de la ville

La Grande Mosquée

 


Histoire de la ville

C'est vers 670 que les Arabes musulmans, sous la conduite de Oqba Ibn Nafi Al Fihri, fondent la ville dans le but d'en faire un point d'appui dans leur campagne de conquête de l'Afrique du Nord. L'emplacement choisi pour sa fondation, à l'intérieur des terres, semble particulièrement inhospitalier mais se situe suffisamment loin de la côte pour éviter les assauts de la flotte byzantine contrôlant alors la mer Méditerranée. Il fait aussi face aux montagnes qui sont le refuge des Berbères. De plus, les conquérants de la première génération ne tiennent compte que des lieux propres à la nourriture de leurs montures. Kairouan possède alors une double fonction militaire et religieuse, assurant à la fois la guerre sainte et la défense des terres nouvellement conquises.

Vers 775, Abou Qurra assiège Kairouan et y répand durant un temps le kharidjisme sufrite. Devenue la capitale des Aghlabides, la cité prospère rapidement au cours du IXe siècle et devient le siège principal du pouvoir en Ifriqiya et un grand centre de rayonnement de la culture arabe et de l'islam, rivalisant avec les autres centres du bassin méditerranéen. C'est une grande ville de commerce et de science renommée pour son école de droit malékite et son école de médecine formée par Ishaq ibn Imran. Kairouan joue également un rôle significatif dans l'arabisation des Berbères et des populations de langue latine de l'Ifriqiya.

En 909, les Fatimides, chiites ismaïliens menés par Abu Abd Allah ach-Chi'i, s'emparent de l'Ifriqiya et font de Kairouan leur résidence. Mais la ville perd son statut avec la fondation de Mahdia sur la côte orientale et sa proclamation comme capitale du califat fatimide. Mais les tensions ethnico-religieuses avec la population strictement sunnite de la ville obligent les Fatimides à abandonner le point d'appui qu'ils s'étaient constitué pour rejoindre l'Égypte vers 972-973 où il fonderont Le Caire, le nouveau centre du califat. Entretemps intervient la prise de Kairouan par l'ibadite Abu Yazid qui parvient ainsi, avec l'aide de la population sunnite de la ville, à interrompre brièvement l'hégémonie des Fatimides entre 944 et 946.

Au milieu du Xe siècle, Kairouan dépasse les 100 000 habitants. Son approvisionnement en eau est assuré par un réseau de canalisations provenant des montagnes environnantes et un grand nombre de citernes réparties dans la ville et en dessous de la mosquée. Les grands réservoirs datant de l'époque aghlabide sont encore visibles de nos jours.

Après le retrait définitif des Fatimides, c'est une dynastie vassale de ces derniers, les Zirides, qui prend le pouvoir en Ifriqiya. Al-Muizz ben Badis (1016–1062), son plus illustre représentant, mène une politique en faveur de la population sunnite et la ville connaît alors la dernière période d'épanouissement de son histoire. En 1054, les Fatimides du Caire organisent une expédition punitive contre les Zirides devenus dissidents : les tribus bédouines des Hilaliens et des Banu Sulaym fondent sur la ville, la détruisant presque entièrement. En 1057, Al-Muizz ben Badis s'enfuit à Mahdia et livre Kairouan et ses environs au pillage. Avec l'essor des villes côtières sous le règne des Hafsides, et principalement de Tunis, Kairouan décline inéluctablement.

En 1702, Hussein Ier Bey en restaure l'enceinte et de nombreuses mosquées. Au cours de l'offensive française menée pour prendre le contrôle du pays, les troupes commandées par le général Félix Gustave Saussier prennent Kairouan le 28 octobre 1882. L'occupation de la ville paralyse la résistance et aboutit à la soumission de la Tunisie. Pendant le protectorat français, la ville devient l'un des foyers de la résistance nationaliste.

Aux premiers siècles de l'ère islamique, l'émirat aghlabite de Kairouan (800-909) payait partiellement le tribut de souveraineté au calife de Bagdad en tapis. Le « tapis de Kairouan » voit sa fabrication commencer réellement au XIXe siècle et la ville reste le principal centre de fabrication du pays. Au début du XXe siècle, la qualité du tapis se dégrade en raison du mauvais usage des teintures artificielles, ce qui conduit une famille kairouanaise à produire le alloucha, un nouveau type de tapis noué à la main qui reprend les couleurs de la laine de mouton et dont un champ hexagonal occupe le centre au moyen d'un motif en forme de losange. Peu à peu, le alloucha évolue vers plus de complexité et de polychromie, la texture augmente et les influences perses se font sentir avec l'apparition du zarbia reconnaissable à sa couleur brun-rouge.

Le tapis de Kairouan est un tapis de points noués non tissé fabriqué à base de laine ou de coton, notamment pour la trame et la chaîne, et plus rarement de lin. Il peut être coloré dans les teintes naturelles du blanc au marron en passant par le gris beige lorsqu'il est de type alloucha. La laine est toujours épaisse, car c'est celle du mouton, mais le poil du dromadaire ou de la chèvre peut être utilisé. Les motifs sont géométriques mais peuvent aussi être des fleurs stylisées, donnant à l'ensemble un aspect symétrique avec prédominance de la forme du losange.


Kairouan en 1898


Tapis de Kairouan


Grande Mosquée de Kairouan (mosquée Sidi Oqba )

La Grande Mosquée de Kairouan, aussi appelée mosquée Sidi Oqba, constitue le plus ancien et le plus prestigieux monument islamique de Tunisie et du Maghreb. Cette mosquée est également considérée comme l'une des plus belles et des plus harmonieuses réalisations architecturales de l'Islam.

Elle est fondée vers 670 par le conquérant de l'Afrique du Nord, Oqba Ibn Nafi (communément appelé Sidi Oqba à Kairouan), à proximité du campement de ses armées. Elle est agrandie à plusieurs reprises par les dynasties qui vont se succéder en Tunisie. Sous le règne des Aghlabides, c'est surtout à Ziadet Allah Ier (817–838) et Aboul Ibrahim (856–863) que l'on doit les extensions de la mosquée. Ibn Nadchi, mort en 1433, le plus illustre historien et prédicateur local de son époque, rapporte que c'est sous le règne d'Aboul Ibrahim que le mihrab a pris sa forme définitive. C'est également à Aboul Ibrahim qu'est attribuée l'extension de la salle de prière pour offrir une nef plus large supportant une nouvelle coupole dans l'axe de la cour intérieure. En 1294, les Hafsides entreprennent une importante rénovation de l'édifice sacré, les portails étant réétayés et les galeries pourvues de nouveaux arcs. En dépit de multiples mesures modificatives, le cœur ancien de la Grande Mosquée est resté aujourd'hui dans sa forme originelle datant de l'époque des Aghlabides (au cours du IXe siècle).

Dans sa forme définitive, la mosquée s'étend sur 125 mètres de long et 73 mètres de large, couvrant une superficie totale de 9 000 m2. Elle appartient au type architectural de la mosquée de cour. La salle de prière supporte deux coupoles dont l'une est disposée au-dessus du mihrab aménagé au milieu du mur de la qibla, partie la plus ancienne, tandis que l'autre coupole a été construite lors de l'extension de la mosquée, au-dessus d'une galerie à arcs outrepassés axée sur la grande cour intérieure. La salle de prière se compose de 17 nefs dans le sens de la longueur, sept travées et un transept. La nef centrale mène au mihrab, niche de forme semi-cylindrique soigneusement ornée et dont l'état actuel date du début de la seconde moitié du IXe siècle.

Juste à côté s'élève le minbar original à onze marches. Ses parois latérales ont été montées en caissons très ouvragés en bois de teck importé d'Inde. Ce minbar, réalisé vers l'an 862, est considéré comme la plus ancienne chaire du monde musulman. Au centre de la niche de prière, habillée de panneaux de marbre, on peut lire la 112e sourate du Coran, rédigée en calligraphie kufi, avec l'invocation jointe du prophète, eulogie sur le modèle exact de l'inscription intérieure au Dôme du Rocher de Jérusalem. À proximité du minbar, le souverain ziride Al-Muizz ben Badis édifie la maqsura, le siège de l'imam disposant d'un accès particulier au mur de la qibla, que l'on nomme Bab El Imam. Le bâti décoratif en bois avec sa dédicace de fondation constitue l'un des plus beaux témoignages de l'art musulman. Selon une inscription ultérieure, il a été rénové en 1624.

La détermination de la direction pour la prière remonte au VIIe siècle et s'écarte de 31 ° par rapport à l'orientation exacte ; la qibla n'a pas été modifiée lors de l'ornementation en marbre de la niche d'origine par les Aghlabides. Le minaret, massif et agrandi à deux reprises, atteint trois étages et se dresse face à la salle de prière, au milieu du portique nord de la cour. Sa forme tire son origine d'une tour de défense dotée de postes de tir. À l'origine, la mosquée n'avait aucun minaret et son édification remonte au temps du calife omeyyade Hicham ben Abd al-Malik (724-743). Il est de ce fait antérieur d'une centaine d'années à l'aménagement de la salle de prière qui lui fait face et qui date de Ziadet Allah Ier. Datant du VIIIe-IXe siècle, ce minaret est le plus ancien au monde qui soit toujours debout.

Une partie des matériaux de construction, essentiellement les colonnes et les chapiteaux en divers marbres de la salle de prière ainsi que les colonnes soutenant les arcades des galeries entourant la cour, proviennent de sites antiques romains et byzantins de la Tunisie, notamment Sbeïtla et Carthage.


Mausolée de Sidi Sahbi (mosquée du Barbier)

Le mausolée de Sidi Sahbi est familièrement appelé mosquée du Barbier. C' est une zaouïa qui se trouve hors les murailles de la médina. Ce terme désigne un local réservé à l'intérieur d'une structure plus vaste où les mystiques pouvaient se retirer comme le laisse entendre le sens de la racine du mot arabe, angle ou recoin. Par extension le mot désigne un complexe religieux comportant une mosquée, des salles réservées à l'étude et à la méditation ainsi qu'une auberge pour y recevoir les indigents. On y effectue les pratiques spirituelles et on y enterre les saints fondateurs des confréries soufie.

Le mausolée de Sidi Sahbi est un vaste ensemble architectural construit en grande partie au cours du XVIIe siècle. C'est le bey mouradite Hammouda Pacha Bey qui fait construire le mausolée, la coupole et la cour alors que le bey Mohamed El Mouradi fait ajouter les bâtiments annexes, le minaret et la médersa constituée d'un oratoire, d'une salle d'ablution et de chambres destinées aux étudiants.

La population y vénère un saint local de Kairouan, un certain Abou Zamaa el-Balaoui, un compagnon du prophète Mahomet. Selon la légende, il aurait conservé trois poils de la barbe du prophète, d'où l'appellation donnée à l'édifice. Dans l'histoire de la ville de Kairouan, ce compagnon du prophète est à relier à une parole attribuée à ce dernier, si l'on en croit notamment At-Tirmidhi.

Le prophète aurait prédit que « chacun de mes compagnons qui meurt dans un pays, deviendra au jour de la résurrection le guide et la lumière envoyés par Dieu pour les gens de ce pays ». Dès le Xe siècle, les chroniqueurs locaux rapportent que des habitants de la ville auraient découvert là un tombeau contenant un corps intact. L'endroit est donc à considérer comme le pur produit d'une croyance islamique populaire.

On parvient à la sépulture par une grande cour intérieure et un couloir aux parois couvertes de carreaux de céramique richement ouvragés à la mode turque et de panneaux de stuc. C'est seulement au XVIIe siècle que l'on a fait édifier une coupole au-dessus du tombeau et que l'on a adjoint à la cour intérieure une petite médersa et des locaux pour accueillir les visiteurs du tombeau. Ces ailes ont été rénovées au début des années 1990 et sont aujourd'hui accessibles au public.


Bassins des Aghlabides

Les bassins des Aghlabides furent édifiés vers 860-862, sous le règne du souverain aghlabide Aboul Ibrahim (856-863). Ils font alors partie d'une quinzaine de bassins extra-muros destinés à alimenter la ville en eau. L'ampleur et l'ingéniosité de cette réalisation ont de tout temps forcé l'admiration des voyageurs et ont valu à Kairouan le nom de « ville des citernes ».

À l'origine, l'alimentation des bassins est assuré par un astucieux système de drainage amenant les eaux de pluie ainsi que celles des affluents de l'oued Merguellil captés par l'intermédiaire de petits barrages. Par la suite, la construction par le souverain fatimide Al-Muizz li-Dîn Allah d'un aqueduc (vers 961), amène les eaux des sources de Cherichira, localité située à 40 kilomètres de Kairouan.

L'ouvrage, réalisé en moellons recouverts d'un enduit étanche, couvrant une superficie de 11 000 m2, est constitué d'un petit bassin de décantation, d'un grand bassin pour l'emmagasinage des eaux et de deux citernes de puisage, le tout ayant une capacité totale de stockage de 68 800 m3. Le petit bassin, de forme polygonale simple à 17 côtés, avec un diamètre intérieur de 37,40 mètres et une capacité de 4 000 m3, est consolidé par 17 contreforts intérieurs et 28 extérieurs. Il sert de bassin de décantation au niveau duquel l'eau est débarrassée des débris et des impuretés avant de passer dans le grand bassin. Ce dernier, vaste polygone de 64 côtés avec un périmètre de 405 mètres et une capacité de 57 764 m3, mesure 129,67 mètres de diamètre intérieur et 4,8 mètres de profondeur. La pérennité de ce bassin ainsi que le contrôle de la pression de l'eau s'exerçant sur ses parois, ont nécessité pas moins de 182 contreforts (118 extérieurs et 64 intérieurs) pour l'épauler et le renforcer.

Les deux citernes de puisage, ayant une capacité de 917 m3 , sont adossées perpendiculairement aux bassins et sont couvertes de voûtes en berceau à arcs doubleaux reposant sur des piliers.

Le monument, conçu à l'origine pour l'approvisionnement en eau des citadins de Kairouan, a parfois été utilisé par les princes aghlabides, notamment sous le règne de Ziadet Allah III, comme lieu de plaisance et de divertissement. Au milieu du grand bassin s'élève un pilier polylobé qui était jadis surmonté d'un kiosque. En plus de son aspect utilitaire, l'ouvrage fascine également par son esthétique jugée à la fois sobre et majestueuse.


Autres monuments

Mosquée des Trois Portes

La mosquée des Trois Portes, également connue sous le nom de mosquée Ibn Khayrun, a été élevée au IXe siècle, et possède la plus ancienne façade de mosquée sculptée et décorée du monde islamique. La mosquée, simple oratoire de quartier, est édifiée vers 252 de l'hégire (soit en 866) par le commerçant andalou installé à Kairouan, Muhammed bin Khairun al-Ma'afiri al-Andalusi. Ceci est confirmé par l'historien andalou Ibn Idhari (XIVe siècle) ainsi que par l'inscription de la façade. Par la suite, la mosquée connaît des travaux de restauration avec l'adjonction d'un petit minaret à l'époque hafside, vers 1440.

La façade, haute de sept mètres, est la composante la plus remarquable de l'édifice. Considérée comme l'un des plus beaux spécimens de l'architecture islamique, elle constitue un véritable inventaire du répertoire décoratif kairouanais à l'époque aghlabide. Son agencement, axiale et symétrique, comporte trois arcs appareillés et outrepassés qui reposent sur des colonnes antiques de remploi ; celui du milieu est plus haut et plus large que les deux autres. Les écoinçons des arcs sont décorés d'un exubérant décor de rinceaux entremêlés de feuilles de vigne stylisées à trois ou à cinq lobes qui rappellent le décor de la demi-coupole en bois peint du mihrab de la Grande Mosquée de Kairouan.

Au-dessus des arcs, la façade présente quatre bandeaux de panneaux de pierre rectangulaires. Celui du bas, meublé par une écriture kufique, atteste de la campagne de restauration et de rénovation de la mosquée effectuée sous la dynastie hafside. Plus haut se trouvent deux bandeaux calligraphiés (IXe siècle) ornés d'une écriture kufique en relief, dont les hampes des lettres sont biseautées et présentent des versets coraniques ainsi que le nom du fondateur et la date de construction, qui sont séparés par une frise à décoration essentiellement florale ; parmi les motifs se distinguent des paires de rosettes, des rosaces à huit branches composées de palmettes à cinq lobes ou de demi-fleurons ainsi que des fleurs à huit pétales en forme d'étoile. L'autre bandeau donne des informations précises sur la fondation de l'édifice : « Au nom de Dieu le miséricordieux et le bienveillant. À Dieu seul appartient la décision. Ainsi en a-t-il été et sera de toute éternité. Muhammed bin Khairun al-Ma'afiri al-Andalusi a décidé la construction de cette mosquée, pour obtenir la faveur divine et dans l'espoir de Son pardon et de Sa miséricorde, en l'an 252 ».

Cette harmonieuse façade est couronnée par une frise supérieure de consoles en pierre.

À l'angle nord-est du sanctuaire se trouve le minaret, de base carrée et d'époque hafside, qui est partagé en trois niveaux avec des ouvertures pour laisser passer la lumière ; sa hauteur totale n'excède pas 11,5 mètres. Il est percé de fenêtres géminées encadrées de carreaux de céramique. Son aspect et sa décoration sont inspirés des minarets de type andalou qui se sont répandus en Ifriqiya (principalement dans la Tunisie actuelle) à partir de la période almohado-hafside.

La salle de prière, dont l'accès se fait directement de la rue, puisque la mosquée ne possède pas de cour la précédant, mesure environ 9 mètres sur 8,60 ; elle est constituée de trois nefs parallèles au mur de la qibla et de trois travées. Le couvrement est assuré par des voûtes d'arêtes en briques retombant sur des arcs en plein cintre outrepassés reposant sur des colonnes en marbre coiffés de chapiteaux antiques. La niche du mihrab, d'une grande simplicité, est constituée d'un arc outrepassé reposant sur deux colonnes de marbre.

L'un des sommiers en bois sculpté, surmontant l'un des chapiteaux de la salle de prière, est orné de motifs floraux qui présentent des similitudes avec le décor de certains panneaux du minbar de la Grande mosquée de Kairouan.

Le mausolée Sidi Abid el Ghariani

Le mausolée Sidi Abid el Ghariani est une zaouïa. Sa construction, commencée durant la seconde moitié du XIVe siècle, est due à l'initiative d'un éminent jurisconsulte kairouanais, Al-Jadidi, décédé lors de son pèlerinage à La Mecque vers 786 de l'hégire (soit en 1384). Son œuvre est poursuivie par son disciple, Abou Samir Abid el Ghariani, qui fait du mausolée un lieu où il dispense son enseignement pendant vingt ans. À sa mort en 1402, il est inhumé dans l'édifice qui porte désormais son nom. Par la suite, le monument connaît plusieurs remaniements et aménagements, essentiellement au cours du XVIIe siècle.

Le bâtiment, de plan irrégulier, est constitué d'un rez-de-chaussée et d'un étage ; il comprend trois cours. L'accès se fait par l'intermédiaire d'une porte, inscrite dans un arc brisé outrepassé reposant sur deux colonnes, qui ouvre sur un vestibule coudé couvert d'un plafond en bois à degrés orné de motifs géométriques et floraux de style hispano-maghrébin. Ce vestibule conduit à une cour carrée, entourée de quatre portiques aux arcs bicolores et aux murs décorés de faïences émaillées surmontées de panneaux de plâtre sculpté. Elle présente un pavement daté du XVIIe siècle et réalisé en marbres blanc et noir dessinant des entrelacs géométriques.

Le portique sud-est précède la salle de prière fermée par une porte en bois à deux vantaux datant également du XVIIe siècle. La salle, de plan presque rectangulaire, comporte trois travées et trois nefs disposées parallèlement au mur de la qibla. Ce dernier, abrite en son centre le mihrab dont la niche, coiffée d'une voûte en cul-de-four, est ornée d'un arc brisé à claveaux en marbre, alternativement noir et blanc, reposant sur deux colonnettes à chapiteaux hafsides.

Le portique nord-est ouvre l'accès du mausolée qui abrite la tombe de Sidi Abid ainsi que celle du souverain hafside Abû `Abd Allâh Muhammad al-Hasan. Les murs sont tapissés de céramiques surmontées de panneaux de plâtre ciselé alors que le plafond à degré est réalisé en bois peint, orné de motifs présentant une ressemblance avec le décor des plafonds marocains de l'époque alaouite (XVIIe siècle). La cour principale communique également avec deux autres patios de moindre dimensions, probablement ajoutés lors de l'une des étapes d'agrandissement de l'édifice.

Le mausolée Sidi Abid el Ghariani, restauré dans les années 1970, abrite de nos jours le siège de l'association de sauvegarde de la médina de Kairouan.

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